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mercredi 3 août 2011

La famine s'étend en Somalie


Au sud de la Somalie, plusieurs milliers de soldats montent la garde. Jour et nuit, ils circulent dans les rues de Doblei et dans les alentours. Ils sont partout. En mai dernier, les troupes d'al-Chebab ont attaqué la ville, les combats ont duré plusieurs jours. En février et mars déjà, les milices avaient tenté de prendre le contrôle de la localité. Sans succès. «Ils sont encore très près, à tout juste 60 km. On s'attend à une attaque sous peu, d'ici un jour ou deux. Ils veulent nous coloniser, comme ils l'ont fait dans presque tout le pays, mais on ne les laissera pas faire!» Aziz est soucieux. Responsable d'une organisation humanitaire locale, African Rescue Committee, il s'inquiète pour les réfugiés. «Les donateurs sont de plus en plus réticents à s'impliquer dans la région. À l'inverse, les réfugiés sont toujours plus nombreux à débarquer chaque jour ; affamés, malades et sans aucune ressource.»

Depuis plus d'un an, les rebelles islamistes d'al-Chebab ont expulsé les ONG internationales des zones qu'ils contrôlent, la plus grande partie du Sud et du Centre. Selon eux, elles seraient toutes au service des puissances occidentales. La Croix-Rouge et MSF sont encore présentes dans certaines régions, mais leur action est limitée. Pour les rares ONG encore présentes, la tâche est ardue. Elles font face à une double contrainte: de très strictes conditions de travail imposées par al-Chebab et surtout, les sources de financement se font rares, les pays donateurs craignant que l'argent ne soit détourné au profit d'insurgés, qualifiés de terroristes par les États-Unis.

L'Unicef dit avoir envoyé de l'aide, en juillet, pour 65.000 enfants dans le Sud somalien grâce à des partenaires sur le terrain. L'ONG d'Aziz distribue régulièrement les rations alimentaires que lui fournissent les Nations unies. «Sans cela, on serait obligé de regarder toutes ces familles mourir de faim.»

Hassan vient d'arriver. Il détache les sacs de sa charrette et les attache à un arbre. Il a marché avec toute sa famille pendant plusieurs semaines avant d'atteindre la ville de Doblei. «La sécheresse avait déjà détruit en grande partie mes récoltes. Puis les miliciens d'al-Chebab sont arrivés, ils m'ont menacé, ont pris mes terres et nous ont mis dehors. Je ne rentrerai jamais chez moi, pas avant qu'ils ne soient partis.» Un homme s'avance, lui aussi vient d'arriver, il s'immisce dans la conversation. «Ces miliciens sont des gens mauvais, ils ne font que le mal partout où ils passent. Ils prennent les enfants pour les enrôler dans leurs milices. On ne veut plus d'eux.» Fin juillet, de violents combats dans Mogadiscio entre la force africaine (Amisom) et les insurgés d'al-Chebab ont encore poussé sur les routes vers le sud plus de Somaliens.

«Ils ont tout détruit» 

Fatima tient son bébé serré contre son long voile islamique. Elle a fui la capitale au moment des violences. «Quand les Chebab voient une femme, si sa façon de s'habiller ne leur convient pas, ils la menacent, lui jettent des pierres et même parfois ils la tuent. Juste pour ça.» Ses deux enfants portent encore les cicatrices des exactions des miliciens.

Derrière elle, les maisons aussi affichent les stigmates de ces violences incessantes. Des impacts de balles dans certains murs, un peu plus loin l'hôpital est fermé, il a été bombardé par erreur par l'armée. À la sortie de la ville, une famille est assise sous un arbre. Ils ont marché pendant deux mois pour atteindre Doblei et n'ont plus rien, ni charrette ni animaux, à peine quelques sacs. Un minibus arrive pour les emmener au Kenya. «On nous a dit qu'on trouverait de l'aide là-bas. Beaucoup sont déjà partis. De toute façon, on n'a plus rien, les Chebab ont tout détruit dans le village.»

Ahmed est le chef du groupe. À la simple évocation d'al-Chebab, il se bouche le nez, signe de dégoût profond. «Ces gens ne sont pas de bons musulmans, ils sont là pour piller et tuer les Somaliens. S'ils sentent une odeur de cigarette dans la rue, ils arrêtent la première personne qui passe et ils lui brûlent les yeux. Pour l'exemple. Mais si Dieu le veut, ils seront bientôt vaincus et partiront.» Tout le monde s'entasse à l'intérieur du bus. Dans quelques heures, ils auront rejoint les camps de réfugiés de Dadaab.


Edith Bouvier

mardi 26 juillet 2011

Sécheresse dans la Corne de l’Afrique: Réaction d’Oxfam suite à la reunion d’urgence à la FAO

A la demande du gouvernement français, actuellement Président du G20, une réunion d’urgence s’est tenue ce matin à l’organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) afin de mobiliser la communauté internationale autour de la crise qui frappe actuellement la Corne de l’Afrique. 
Pour Luc Lamprière, d’Oxfam France : « Pour le moment, seule une poignée de gouvernements des pays développés se sont montrés prêts à s’impliquer pour sauver les vies des plus pauvres et des plus vulnérables en Afrique de l’Est. Il reste encore deux mois avant l’arrivée des premières pluies et la situation est déjà désespérée. Le moment est crucial : la communauté internationale doit impérativement combler les 900 millions de dollars manquants pour l’aide d’urgence. Il ne reste que deux jours avant la réunion de Nairobi sur les financements pour la crise. La France et les pays, qui ont pris des engagements limités, doivent arriver à cette conférence avec des annonces additionnelles ».
«  De crise en crise, les donateurs et gouvernements des pays riches sont visiblement frappés d’amnésie collective. Les bailleurs doivent briser le cycle actuel de réponse d’urgence d’une crise à l’autre, sans qu’aucun problème structurel n’ait été résolu. Tous savaient qu’une telle catastrophe pouvait être évitée. La communauté international doit traiter des problèmes de fond qui maintiennent des populations dans des situations de vulnérabilités extrêmes. La réunion de ce matin n’était qu’une première étape et montre le chemin qu’il reste à parcourir autant que les limites des travaux actuels du G20 . »
« Pendant le G20 agricole, nous n’avons rien entendu sur la mise en place de réserves alimentaires à la fois pour répondre aux urgence, mais également participer à la régulation des prix mondiaux. Dans la situation actuelle, avec des stocks de réserves très faibles, le G20 ne doit pas avoir le choix. A la lumière de cette crise, oxfam France demande au gouvernement français de reprendre l’agenda du G20 tant qu’il en est encore temps. Réparer le système alimentaire défaillant impose des décisions rapides et fortes, notamment : investir dans la petite agriculture paysanne afin de la rendre plus résiliente, contrôler la volatilité des prix et assurer un accord ambitieux sur le climat au cours de l’année. »

lundi 25 juillet 2011

Corne de l’Afrique: 420 millions d’euros manquent pour l’aide d’urgence



Paris, 23 juillet – L’organisation non-gouvernementale ONE appelle les dirigeants du monde à se mobiliser afin que l’aide d’urgence nécessaire parvienne au plus vite aux pays de la Corne de l’Afrique touchés par une crise alimentaire exceptionnelle menaçant 11 millions de personnes. La réunion d’urgence prévue demain à Rome doit permettre d’accélérer le déblocage de fonds arrivés jusqu’ici au compte-gouttes. Près de 420 millions d’euros sont encore nécessaires.
« Malgré l’urgence de la situation, les signaux d’alarme ont tous été ignorés et désormais des hommes, des femmes et des enfants meurent de faim tandis que les dirigeants occidentaux débattent du montant de l’aide qui leur sera allouée. La France qui préside le G20 a été à l’initiative de la réunion de Rome, mais l’aide  annoncée par la plupart des pays riches est pour l'instant bien en-deçà des efforts que l’on pourrait attendre », a souligné Guillaume Grosso, le directeur de ONE France.
« A l’heure où les donateurs traditionnels rencontrent d’importants problèmes économiques, le moment est peut-être venu pour de nouveaux donateurs, de se montrer à la hauteur de la catastrophe qui se joue sous nos yeux tous les jours. Que peut-on attendre de la Chine ou les pays du Golfe, qui ont d’importants intérêts économiques en Afrique », s’interroge Guillaume Grosso.
Et de souligner les efforts fournis par les gouvernements africains et l’Union africaine : « Les Africains ont répondu à l’appel à l’aide. Le Soudan a versé 1,78 million de dollars à l’Ethiopie. La diaspora somalienne se mobilise et les institutions africaines aident les ONG à délivrer l’aide humanitaire en sécurisant ports et aéroports et en fournissant de l’assistance médicale dans les camps. Les Africains restent debout et prennent les problèmes à bras le corps, mais ils ont besoin de la communauté internationale pour enrayer l’étendue de la catastrophe ».
La réunion de Rome doit apporter une réponse immédiate, mais elle doit aussi marquer le point de départ de solutions à long terme, trop souvent négligées dans le passé. Les dirigeants doivent honorer les promesses faites en faveur de l’agriculture et de la sécurité alimentaire. « Il y a encore beaucoup de choses qui peuvent et doivent être faites pour sauver des vies maintenant et éviter d’autres catastrophes à l’avenir », estime Guillaume Grosso.
 Notes  :
1. ONE a lancé une pétition demandant aux dirigeants du monde de mettre fin à la famine et à ses causes. Elle été signée par près de 40.000 personnes : http://act.one.org/sign/corne_de_afrique
2. ONE a publié un rapport « Agriculture et redevabilité » qui peut être consulté en ligne en suivant ce lien :www.one.org/fr/rapportagriculture
3. ONE est une organisation mondiale de plaidoyer et de campagne, cofondée par Bono, qui lutte contre l’extrême pauvreté, essentiellement en Afrique. ONE est soutenue par plus de 2,5 millions de personnes à travers la planète et compte 25 000 membres en France. Pour plus d’information : www.one.org/fr