jeudi 16 février 2012

Faim et pauvreté extrême s’installent aux États-Unis


Ici des millions gens souffrent de faim. Nous ne parlons pas d’Haïti, ni de pays africains, ou asiatiques, ni des favelas sudaméricaines, mais du fait extraordinaire dont que dans le pays le plus riche du monde, avec le secteur agricole le plus productif, des millions de gens souffrent de ce qui s’appelle l’« insécurité alimentaire », ou ce qui en chrétien se traduit comme ne pas savoir d’où proviendra la prochaine nourriture.

Aux États-Unis il est permis – sans que cela soit un scandale national – que les enfants n’aient pas suffisamment à manger. Le programme national de télévision de CBS News, 60 Minutes, a récemment montré les visages et les histoires de familles sans toit, dont les enfants ont dit ce qu’ils ressentent quand ils ne mangent pas suffisamment. Plus de 16 millions de mineurs vivent dans la pauvreté -2 millions de plus qu’avant la crise économique qui a éclaté en 2007 – et on constate que c’est l’écroulement le plus rapide de la classe moyenne jamais arrivé depuis que le gouvernement a commencé à les mesurer, il y a demi-siècle, explique CBS News.

Qu’est qu’on ressent quand on a faim ? demande le journaliste aux enfants d’une école primaire de Floride. « C’ est difficile. Tu ne peux pas dormir. Tu attends seulement, tu t’endors cinq minutes et tu te réveilles à nouveau. Tu as a mal à estomac et pense : ‘ je ne peux pas dormir, je vais essayer de dormir, je vais essayer de dormir’, mais tu ne peux pas parce que tu as trop mal à l’estomac. Et c’est parce que tu n’as pas de nourriture dans toi », répond un enfant.


De nombreuses de familles racontent à CBS qu’elles n’ont jamais imaginé rester sans toit ou ne pas pouvoir nourrir suffisamment leurs enfants, puisqu’ils jouissaient d’une vie de classe moyenne. Avec la crise, tout a basculé.

Une partie du reportage de CBS fut réalisée dans la même zone que celle qui se proclame comme « le lieu le plus heureux du monde », c’est à dire, les comtés autour de Disney World, à Orlando, en Floride. Là CBS a détecté environ 67 motels où logent plus de 500 enfants sans domicile. Là, tout près des écoles du comté de Seminole, mille étudiants ont récemment perdu leurs logements. Le gouvernement loge des milliers de familles sans toit dans des motels dans tout le pays pendant des mois. CBS remarque que « la ‘génération motel’ aux États-Unis grandit rapidement ».

16.6% des étasuniens – soit, plus d’un sur six – a souffert « d’insécurité alimentaire » au cours de 2009, selon les chiffres les plus récents du recensement analysés par Feeding América, la plus grande organisation du pays dédiée à appuyer les personnes touchées par cette situation dans son rapport récent « Map the Meal Gap ». En fait, cette organisation explique qu’aujourd’hui elle offre ses services de soutien à 37 millions d’étasuniens, dont 14 millions d’enfants, une augmentation de 46 % comparée avec 2006.

Même dans la capitale du pays le plus puissant du monde il y a de plus en plus de faim. Dans la zone métropolitaine de Washington et ses comtés limitrophes, plus de 400 000 habitants ont souffert de la faim pendant la récession, selon le rapport récent de Feeding America et son analyse par le Washington Post. Des millions encore dans chaque partie du pays, tant dans des zones riches que marginales, on a enregistré des chiffres croissants de faim. « La majorité serait surprise de savoir les dimensions de la faim dans ses communautés. Les gens tendent à penser qu’on souffre de la faim « là-bas » , dans un autre lieu, mais pas ici même, non pas dans mon coin. Mais ce rapport démontre que ce n’est pas vrai : la faim est partout dans notre pays en ce moment », a commenté Vicki Escarra, directrice de Feeding America, au Washington Post.

« Il y a eu des moments où je n’ai pas mangé pour que mes enfants aient plus à manger. Je suis adulte, je peux le faire. Je peux boire de l’eau ou manger un morceau de pain. Mais on ne veut pas que ses enfants arrivent à dire : maman, j’ai faim, une heure après qu’ils aient mangé », a expliqué au Washington Post, Anette Emerson, mère célibataire de 46 ans. Ces histoires se répètent dans tout le pays.

Et quelle est la réponse du gouvernement ? Proposer de réduire l’assistance alimentaire aux nécessiteux, provoquer plus de coupes dans les dépenses sociales et réduire les taux d’imposition sur les revenus des millionnaires.

Mark Bittman, critique de gastronomie du New York Times [ Why We’re Fasting ], a annoncé lundi dernier qu’il se joignait à un jeûne d’une semaine avec environ 4 000 personnes dans tout le pays, dont l’intention est d’attirer l’attention publique sur les propositions du Congrès pour réduire sévèrement les programmes d’assistance pour les pauvres et pour ceux qui souffrent de faim dans ce pays. « Ces coupes faites soit disant pour réduire le déficit – à peine serait-ce une miette – causeront en vérité que plus de personnes meurent de faim, aillent au lit avec la faim ou vivent plus misérablement que maintenant. Et la proposition de loi augmentera la dépense pour la défense », a-t-il expliqué. Cela dit, devant quelques ironies : en 2010, les profits des entreprises ont augmenté avec le taux le plus rapide depuis 1950, tandis que le record de nombre de personnes qui dépendent de l’assistance fédérale pour manger a été atteint. Il a ajouté que les 400 étasuniens les plus riches ont plus richesse que la moitié des foyers du pays, tandis que 45 % des étasuniens dépensent un tiers de leurs revenus en nourriture et cependant n’y arrivent pas, et un enfant sur quatre dort en ayant faim dans ce pays, au moins sur certaines périodes.

Bittman affirme : « nous avons besoin de nous rassembler et d’insister sur le fait que nos ressources collectives soient utilisées pour le bien-être collectif, pas pour mille, ni pour un million d’étasuniens les plus riches, mais pour la vaste majorité de nous tous aux États-Unis et, en fait, pour les citoyens du monde qui ont les difficultés à satisfaire leurs premières nécessités. Ou pour nourrir leurs enfants ».

Mais, apparemment, la faim n’est pas parmi les priorités de la classe dirigeante politique ou économique de ce pays. Apparemment, « l’insécurité alimentaire » n’est pas un sujet qui est considéré de « sécurité nationale » .

David Brooks

La Jornada, Mexico, le 4 avril 2011

Traduction de l’espagnol pour El Correo de  : Estelle et Carlos Debiasi

samedi 11 février 2012

Crise alimentaire



Il ne faudrait que 30 milliards d’Euros par an pour éradiquer durablement la faim dans le monde…

mercredi 18 janvier 2012

Corne de l'Afrique / « Le coût d'une réponse tardive à des alertes précoces lors de la sécheresse de 2011 dans la Corne de l'Afrique »



Près de 6 mois après l’annonce de la sécheresse dans la Corne de l’Afrique et alors même qu’une crise d’ampleur se prépare en Afrique de l’Ouest, Oxfam fait le bilan des derniers mois et de la façon dont la crise a été gérée tant par la communauté internationale que par les acteurs de l’aide humanitaire dans un rapport à paraître le mercredi 18 janvier. En amont de la publication du document, intitulé « Un retard dangereux : Le coût d'une réponse tardive à des alertes précoces lors de la sécheresse de 2011 dans la Corne de l'Afrique », je vous envoie ce petit mail pour attirer votre attention sur les 5 messages clés portés par Oxfam, et dont l’organisation estime qu’il est essentiel qu’ils soient pris en considération à l’avenir, pour faire face aux prochaines situations de sécheresse chronique. En effet, pour Oxfam, les enseignements tirés de la sécheresse dans la Corne de l’Afrique révèlent que les Etas et la communauté d’aide internationale doivent améliorer leur réponse dans plusieurs domaines. En quelques mots, voici nos messages :

1 : En 2011, en dépit des signes avant-coureurs de la crise alimentaire en Afrique de l’Est, longuement ignorés, le coût de la réponse a été d’autant plus élevé que celle-ci a été tardive.

2 : Dans la Corne de l’Afrique, plus de 13 millions de personnes sont encore menacées par la crise. Si les signaux d’alerte précoces avaient clairement annoncé la crise en cours pendant les mois qui ont précédé, la réponse de grande échelle n’a été déclenchée que beaucoup trop tard.

3 : Tous les acteurs doivent impérativement revoir leur approche vis-à-vis des situations de sécheresse chronique en renforçant leurs capacités à prévenir les risques et non les crises.

4 : Dans les faits, cela implique d’agir dès que les systèmes d’alerte précoce envoient des signaux, sans attendre la confirmation d’une crise pour intervenir. Il faut également s’attaquer aux causes premières de la sécheresse en cherchant activement à réduire les risques, et ce dans toutes les activités. Pour ce faire, il est impératif de dépasser le clivage entre action humanitaire et développement.



5 : Pour éviter la crise qui s’annonce en Afrique de l’Ouest, la couverture média doit montrer à quel point il est essentiel que la communauté internationale agisse sans plus attendre.

Pour plus d’informations, vous trouverez le résumé du rapport –sous embargo jusqu’au 18 janvier- en cliquant sur le lien suivant :oxfamfrance

Promouvoir l'agriculture intelligente face au climat grâce à un projet FAO-UE

Rome, 16 janvier 2012 - La FAO et la Commission européenne ont annoncé aujourd'hui un nouveau projet de 5,3 millions d'euros pour aider le Malawi, le Viet Nam et la Zambie à adopter des pratiques agricoles intelligentes face au climat.

L'agriculture - et les communautés qui en dépendent pour vivre - sont hautement vulnérables aux impacts du changement climatique. Mais en même temps, le secteur agricole contribue au réchauffement de la planète, en tant que gros émetteur de gaz à effet de serre.

"L'agriculture intelligente face au climat" cherche précisément à relever ce double enjeu. Elle prévoit de transformer les systèmes agricoles pour améliorer leur contribution à la lutte contre la faim et la pauvreté, de les rendre plus résilients au changement climatique, de réduire les émissions, et d'accroître le potentiel de l'agriculture à piéger le carbone atmosphérique.

"Nous devons commencer à mettre en pratique l'agriculture intelligente face au climat en travaillant de concert avec les agriculteurs et leurs communautés", a indiqué M. Hafez Ghanem, Sous-Directeur général de la FAO, Département du développement économique et social. Et d'ajouter: "Il n'existe cependant pas de solution universelle -les pratiques agricoles intelligentes face au climat doivent répondre aux différentes conditions, géographiques, météorologiques et à la base des ressources naturelles".

"Ce projet examinera de près trois pays pour identifier les enjeux et les opportunités des pratiques agricoles intelligentes et établir des plans stratégiques adaptés à la réalité de chaque pays", a souligné M. Ghanem. "Si toutes les solutions ne sont pas universellement applicables, nous pouvons tirer de nombreux enseignements sur la manière dont d'autres pays pourraient prendre des mesures pour commencer à adopter cette approche d'agriculture".

Solutions sur mesure
L'UE mobilise 3,3 millions d'euros en faveur de cette initiative; la contribution de la FAO est de 2 millions d'euros.

En étroite collaboration avec les ministères de l'agriculture et d'autres administrations dans chacun des pays partenaires, ainsi qu'avec les organisations locales et internationales, le projet triennal se chargera:
·         d'identifier les opportunités spécifiques au pays en vue de l'expansion des pratiques intelligentes existantes ou de la mise en Åuvre de nouvelles;
·         d'étudier les obstacles à surmonter afin de promouvoir une adoption à plus vaste échelle de l'agriculture intelligente face au climat, notamment les coûts d'investissement;
·         de promouvoir l'intégration de stratégies nationales de changement climatique et d'agriculture en faveur de la mise en Åuvre de pratiques agricoles intelligentes;
·         d'identifier des mécanismes innovants pour relier la finance du climat aux investissements dans l'agriculture intelligente;
·         de renforcer les capacités pour planifier et mettre en Åuvre des projets de pratiques intelligentes en mesure d'attirer des investissements internationaux.
La FAO pilotera le projet en partenariat avec des institutions nationales de politique et de recherche, ainsi que des organisations mondiales, telles que le Global Crop Diversity Trust.

En affrontant l'urgence d'incorporer les questions de changement climatique dans la planification du développement agricole, ce nouveau projet représente un pas en avant concret, a déclaré M. Ghanem. "Les enjeux liés au changement climatique se font sentir de plus en plus sur le terrain, ce qui veut dire qu'il faut agir sans plus tarder pour affronter le problème, sans attendre la conclusion des négociations internationales en vue d'un accord mondial sur le climat", a-t-il fait remarquer.


FAO | Viale delle Terme di Caracalla, 00153 Rome, Italie | (+39) 06 570 53625 | www.fao.org
 

vendredi 13 janvier 2012

L’Indice FAO des prix des produits alimentaires termine l’année en forte baisse


Mais 2011 a encore été marquée par des records de prix
 
12 janvier 2012, Rome - Avec la contraction de l'Indice FAO des prix des produits alimentaires de 2,4 pour cent, soit cinq points, par rapport à novembre, les prix des denrées alimentaires ont fléchi en décembre 2011, a indiqué la FAO aujourd'hui.

A son nouveau niveau de 211 points, l'Indice était inférieur de 11,3 pour cent (27 points) à son pic de février 2011. 

Le recul s'explique par les fortes baisses des cours internationaux des céréales, du sucre et des huiles dues aux récoltes exceptionnelles de 2011, ainsi qu'au ralentissement de la demande et au raffermissement du dollar E.U. La plupart des denrées ont été concernées. 

Toutefois, si les prix ont baissé de façon constante au deuxième semestre 2011, l'Indice avoisinait encore les 228 points en 2011 - la plus haute moyenne depuis que la FAO a commencé à mesurer les prix des produits alimentaires mondiaux en 1990. Le record précédent de 200 points datait de 2008.

Période d'incertitude

Selon Abdolreza Abbassian, économiste et spécialiste des céréales à la FAO, il est difficile de se prononcer sur l'évolution des prix durant les prochains mois.   

"Les cours internationaux de nombreux produits alimentaires ont baissé ces derniers mois, mais compte tenu du climat d'incertitude lié à l'économie mondiale et aux marchés des devises et de l'énergie, les perspectives sont imprévisibles", souligne M. Abbassian.   

Parmi les denrées principales, ce sont les céréales qui ont enregistré la plus forte baisse des prix, avec l'Indice FAO des prix céréaliers en recul de 4,8 pour cent (218 points) en décembre. Les récoltes record et les meilleures perspectives de l'offre ont vu chuter fortement les prix des principales céréales. Les prix du maïs ont perdu 6 pour cent, ceux du blé 4 pour cent et ceux du riz 3 pour cent. En 2011, l'Indice FAO des prix céréaliers s'établissait en moyenne à 247 points, en hausse de quelque 35 pour cent par rapport à celui de 2010, et le plus élevé depuis les années 70.

Baisse des huiles et des matières grasses 

L'Indice FAO des prix des huiles et graisses s'élevait à 227 points en décembre, en recul de 3 pour cent par rapport à novembre et nettement inférieur au niveau de 264 points d'un an auparavant. Plus importante que prévu, l'offre globale d'huile végétale a entraîné une hausse des stocks (notamment de l'huile de palme et de l'huile de tournesol), qui, associée à une faible demande mondiale de fèves de soja, a fait fléchir les prix.

L'Indice FAO des prix de la viande s'établissait à environ 179 points, en légère baisse par rapport au moins de novembre qui s'explique principalement par la contraction du prix de la viande porcine de 2,2 pour cent et, dans une certaine mesure, de la viande ovine.  En revanche, les prix de la viande de volaille et bovine ont augmenté légèrementA l'échelle annuelle, les prix de la viande en 2011 ont dépassé de 16 pour cent ceux de 2010. 

Produits laitiers généralement en hausse

L'Indice FAO des prix des produits laitiers avoisinait les 202 points, quasiment au même niveau qu'en novembre. L'ensemble des produits laitiers a légèrement progressé, à l'exception du beurre, qui a baissé d'un pour cent. Sur l'année entière, les produits laitiers coûtaient en moyenne 10 pour cent de plus qu'en 2010, avec des hausses particulièrement élevées (+ 17 pour cent) pour le lait écrémé en poudre et la caséine. Des augmentations plus modestes ont été constatées pour les prix du beurre et du lait entier en poudre (+11 pour cent), et du fromage (+ 8 pour cent). 

L'Indice FAO des prix du sucre a fléchi pour le cinquième mois consécutif s'établissant à 327 points en décembre, soit moins 4 pour cent par rapport à  novembre et moins 18 pour cent par rapport à son pic de juillet 2011. La faiblesse de l'Indice ces derniers mois traduit essentiellement les prévisions d'un gros excédent mondial de production durant la prochaine campagne, grâce aux bonnes récoltes en Inde, dans l'Union européenne, en Thaïlande et en Fédération de Russie. 

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