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samedi 10 mars 2012

Les Etats-Unis ont-ils atteint un « pic de la viande » ?



Décidément, l'époque semble être aux "pics". Après le peak oil (pic pétrolier), le peak gas (pic gazier) et le peak stuff (pic des objets), voici venu le temps du peak meat, soit le pic de viande. Aux Etats-Unis, la consommation de viande commencerait à diminuer, après avoir atteint un maximum en 2007. C'est ce que révèle l'Earth policy institute, cité par Terra Eco, mercredi 7 mars. Alors que les Américains consomment un sixième des produits carnés dans le monde, cette tendance outre-Atlantique pourrait signifier la fin du steak haché qui trône au centre de l'assiette.
Selon les chiffres du ministère de l'agriculture américain, la consommation de viande suivrait une course descendante après un pic en 2004, à 84 kg par an et par habitant. En 2011, les Américains n'auraient plus consommé "que" 78 kg. Et les prévisions pour 2012 tablent sur 75,5 kg, soit une baisse de 10 % sur les huit dernières années, comme le montre le graphique de la consommation américaine depuis le début du XXe siècle :
Quant à la consommation globale de viande dans le pays, elle chute aussi, après avoir atteint un pic en 2007, à 25 milliards de kg. En 2012, elle devrait être de 23,5 milliards, soit le niveau le plus bas depuis dix ans.
Dans le détail, par type de viande, la consommation de bœuf est celle qui a le plus diminué. Après un pic de 41 kg en 1976, elle doit s'établir à 24 kg par habitant en 2012, soit une baisse de 43 %. Les records de chaleur et de sécheresse l'an dernier dans les plaines du Sud ont achevé de réduire la taille du cheptel national de bovins, à un niveau inférieur à celui de 1962.
Cette baisse de la consommation de bœuf a été compensée par l'augmentation régulière de celle de volailles, moins chères et moins polluantes (un kilo de poulet émet 3 kg de gaz à effet de serre contre 20 kg pour un kilo de bœuf). Jusqu'en 1940, les Américains consommaient 450 grammes de volaille par personne chaque mois. En 1990, même chiffre, mais par semaine. A partir du milieu des années 90, la consommation de volaille a commencé à dépasser celle de bœuf, avant d'atteindre un pic en 2006, à 34 kg. En 2012, elle devrait avoir un peu baissé, avec un peu moins de 32 kg.
Quant au porc, sa courbe s'avère plus stable à travers les décennies. Elle devrait néanmoins baisser en 2012, avec 20 kg par personne, contre 25 kg en 1944, au plus haut historique, soit une baisse de 20 %.
Les causes de cette baisse de la consommation ? Elles sont multiples : le resserrement des budgets, moins d'animaux sur le marché et surtout plus d'exportation de viande à destination des pays étrangers. Mais la raison principale, c'est la hausse du prix des matières premières : avec 40 % du maïs américain destiné à la production d'agrocarburants, le coût de l'alimentation animale a explosé, augmentant de fait le prix de la viande et poussant les consommateurs à trouver des alternatives. Avec une population mondiale croissante et des besoins de carburants substitutifs au pétrole, cette tendance n'est pas près de changer.
En France, le "peak meat" a eu lieu plus tôt : la consommation individuelle de produits carnés, après avoir progressé chaque année de 1,6 % depuis 1970 jusqu'aux années 90, a baissé de 6,7 kg depuis 1998 pour atteindre 87,8 kg équivalent carcasse en 2009, selon FranceAgriMer.
Edit : à noter que les chiffres du ministère de l'agriculture américain sont très inférieurs aux données de la FAO, qui parle, elle, d'une consommation de 125 kg de viande par an et par habitant aux Etats-Unis en 2004 (contre 84 kg pour le département de l'agriculture). Ce qui ne change rien, par contre, à la tendance à la baisse de la consommation.
Audrey Garric

jeudi 16 février 2012

Faim et pauvreté extrême s’installent aux États-Unis


Ici des millions gens souffrent de faim. Nous ne parlons pas d’Haïti, ni de pays africains, ou asiatiques, ni des favelas sudaméricaines, mais du fait extraordinaire dont que dans le pays le plus riche du monde, avec le secteur agricole le plus productif, des millions de gens souffrent de ce qui s’appelle l’« insécurité alimentaire », ou ce qui en chrétien se traduit comme ne pas savoir d’où proviendra la prochaine nourriture.

Aux États-Unis il est permis – sans que cela soit un scandale national – que les enfants n’aient pas suffisamment à manger. Le programme national de télévision de CBS News, 60 Minutes, a récemment montré les visages et les histoires de familles sans toit, dont les enfants ont dit ce qu’ils ressentent quand ils ne mangent pas suffisamment. Plus de 16 millions de mineurs vivent dans la pauvreté -2 millions de plus qu’avant la crise économique qui a éclaté en 2007 – et on constate que c’est l’écroulement le plus rapide de la classe moyenne jamais arrivé depuis que le gouvernement a commencé à les mesurer, il y a demi-siècle, explique CBS News.

Qu’est qu’on ressent quand on a faim ? demande le journaliste aux enfants d’une école primaire de Floride. « C’ est difficile. Tu ne peux pas dormir. Tu attends seulement, tu t’endors cinq minutes et tu te réveilles à nouveau. Tu as a mal à estomac et pense : ‘ je ne peux pas dormir, je vais essayer de dormir, je vais essayer de dormir’, mais tu ne peux pas parce que tu as trop mal à l’estomac. Et c’est parce que tu n’as pas de nourriture dans toi », répond un enfant.


De nombreuses de familles racontent à CBS qu’elles n’ont jamais imaginé rester sans toit ou ne pas pouvoir nourrir suffisamment leurs enfants, puisqu’ils jouissaient d’une vie de classe moyenne. Avec la crise, tout a basculé.

Une partie du reportage de CBS fut réalisée dans la même zone que celle qui se proclame comme « le lieu le plus heureux du monde », c’est à dire, les comtés autour de Disney World, à Orlando, en Floride. Là CBS a détecté environ 67 motels où logent plus de 500 enfants sans domicile. Là, tout près des écoles du comté de Seminole, mille étudiants ont récemment perdu leurs logements. Le gouvernement loge des milliers de familles sans toit dans des motels dans tout le pays pendant des mois. CBS remarque que « la ‘génération motel’ aux États-Unis grandit rapidement ».

16.6% des étasuniens – soit, plus d’un sur six – a souffert « d’insécurité alimentaire » au cours de 2009, selon les chiffres les plus récents du recensement analysés par Feeding América, la plus grande organisation du pays dédiée à appuyer les personnes touchées par cette situation dans son rapport récent « Map the Meal Gap ». En fait, cette organisation explique qu’aujourd’hui elle offre ses services de soutien à 37 millions d’étasuniens, dont 14 millions d’enfants, une augmentation de 46 % comparée avec 2006.

Même dans la capitale du pays le plus puissant du monde il y a de plus en plus de faim. Dans la zone métropolitaine de Washington et ses comtés limitrophes, plus de 400 000 habitants ont souffert de la faim pendant la récession, selon le rapport récent de Feeding America et son analyse par le Washington Post. Des millions encore dans chaque partie du pays, tant dans des zones riches que marginales, on a enregistré des chiffres croissants de faim. « La majorité serait surprise de savoir les dimensions de la faim dans ses communautés. Les gens tendent à penser qu’on souffre de la faim « là-bas » , dans un autre lieu, mais pas ici même, non pas dans mon coin. Mais ce rapport démontre que ce n’est pas vrai : la faim est partout dans notre pays en ce moment », a commenté Vicki Escarra, directrice de Feeding America, au Washington Post.

« Il y a eu des moments où je n’ai pas mangé pour que mes enfants aient plus à manger. Je suis adulte, je peux le faire. Je peux boire de l’eau ou manger un morceau de pain. Mais on ne veut pas que ses enfants arrivent à dire : maman, j’ai faim, une heure après qu’ils aient mangé », a expliqué au Washington Post, Anette Emerson, mère célibataire de 46 ans. Ces histoires se répètent dans tout le pays.

Et quelle est la réponse du gouvernement ? Proposer de réduire l’assistance alimentaire aux nécessiteux, provoquer plus de coupes dans les dépenses sociales et réduire les taux d’imposition sur les revenus des millionnaires.

Mark Bittman, critique de gastronomie du New York Times [ Why We’re Fasting ], a annoncé lundi dernier qu’il se joignait à un jeûne d’une semaine avec environ 4 000 personnes dans tout le pays, dont l’intention est d’attirer l’attention publique sur les propositions du Congrès pour réduire sévèrement les programmes d’assistance pour les pauvres et pour ceux qui souffrent de faim dans ce pays. « Ces coupes faites soit disant pour réduire le déficit – à peine serait-ce une miette – causeront en vérité que plus de personnes meurent de faim, aillent au lit avec la faim ou vivent plus misérablement que maintenant. Et la proposition de loi augmentera la dépense pour la défense », a-t-il expliqué. Cela dit, devant quelques ironies : en 2010, les profits des entreprises ont augmenté avec le taux le plus rapide depuis 1950, tandis que le record de nombre de personnes qui dépendent de l’assistance fédérale pour manger a été atteint. Il a ajouté que les 400 étasuniens les plus riches ont plus richesse que la moitié des foyers du pays, tandis que 45 % des étasuniens dépensent un tiers de leurs revenus en nourriture et cependant n’y arrivent pas, et un enfant sur quatre dort en ayant faim dans ce pays, au moins sur certaines périodes.

Bittman affirme : « nous avons besoin de nous rassembler et d’insister sur le fait que nos ressources collectives soient utilisées pour le bien-être collectif, pas pour mille, ni pour un million d’étasuniens les plus riches, mais pour la vaste majorité de nous tous aux États-Unis et, en fait, pour les citoyens du monde qui ont les difficultés à satisfaire leurs premières nécessités. Ou pour nourrir leurs enfants ».

Mais, apparemment, la faim n’est pas parmi les priorités de la classe dirigeante politique ou économique de ce pays. Apparemment, « l’insécurité alimentaire » n’est pas un sujet qui est considéré de « sécurité nationale » .

David Brooks

La Jornada, Mexico, le 4 avril 2011

Traduction de l’espagnol pour El Correo de  : Estelle et Carlos Debiasi

mercredi 23 novembre 2011

Un enfant américain sur cinq ne mange pas à sa faim

Aux Etats-Unis,  l'insécurité alimentaire touche de plus en plus de ménages. Près de 6,4 millions d'entre eux ont vu leur habitude alimentaire bousculée en raison d'un budget trop serré. Les enfants en sont particulièrement touchés. Les initiatives se multiplient. A lire sur CNN.

Communautés touchées
Le nombre de familles américaines en manque de ressource alimentaire a augmenté ces dernières années. Selon le département américain de l'Agriculture (USDA), en 2010, 14,5% des ménages américains -soit 17,2 millions de personnes- se montrent incapables de nourrir toutes les bouches qui le composent. L'association "Feeding America", qui comporte un réseau de plus de 200 banques alimentaires à travers le pays, révèle que près d'un enfant sur cinq ne mangerait pas à sa faim. Un ratio qui passe à un sur trois dans les communautés afro-américaines et latinos.

Quid en dehors de l'école?
Une situation qui a un impact sur la scolarité, la santé et le stress des enfants. Et qui s'aggrave en dehors des heures d'écoles, où ils ne peuvent compter sur la nourriture gratuite ou à prix réduit. Si ce problème concernait principalement les familles monoparentales ou vivant sous le seuil de pauvreté, un rapport de l'USDA informe qu'il touche désormais des foyers jusqu'alors préservés et qui, désormais, profitent de coupons alimentaires, de repas scolaires gratuits ou à prix réduits. "Nous voyons de plus en plus de familles de tous horizons se tourner vers une assistance pour répondre à ses besoins alimentaires", remarque Paula Thornton-Greear, porte-parole de "Feeding America".

Programmes télé
Une démarche pas toujours facile à entreprendre pour les adultes, qui mettent parfois du temps à accepter cet état de fait. "Nous sommes tous dans le besoin", rassure Paula. "C'est le reflet d'une société qui connaît un ralentissement énorme. Ils ne doivent pas se sentir isolés". Pour faire face, de nombreuses initiatives ont vu le jour. Outre des programmes télévisés pour enfants qui ont intégré un personnage qui aborde le problème de l'insécurité alimentaire, d'autres, plus concrètes, naissent dans les différents établissements scolaires du pays. À Orange County (sud de Los Angeles), le restaurateur Bruno Serato prépare tous les soirs environ 300 assiettes de pâtes pour les enfants à qui les portes de son restaurant Anaheim sont ouvertes. "Ils sont des clients. Ceux que je préfère", confie-t-il. 

Manger sain et à moindre coût
Dans une école de Brooklyn, à New York, un autre chef participe à un programme qui enseigne aux parents et aux enfants comment manger sainement à moindre coût. Lancé il y a vingt ans, "Cooking Matters" sert aujourd'hui des repas complets  à deux dollars la portion à plus de 11 000 familles à travers le pays. Et est ouvert aux personnes aux budgets limités, qui viennent de perdre leur emploi ou qui font appel aux banques alimentaires. Outre la dimension économique, "Cooking Matters" rassemble parents et enfants autour d'une activité commune et sensibilise tout un chacun sur l'importance du shopping intelligent et de la nourriture saine. 

Et quand les parents travaillent, les enfants sont les bienvenus. Seuls. "Les parents sont occupés, ont souvent deux emplois", constate Aliyah Rowe, coordinatrice de "Cooking Matters" d'Harvest City à New York. "Les enfants qui suivent le cours sont tellement excités quand ils rentrent chez eux qu'ils inspirent les parents à passer du temps en cuisine en leur compagnie". (LS)

jeudi 29 septembre 2011

30 dollars par semaine pour se nourrir: le défi Food Stamps



A l'initiative d'ONG ou de médias, les défis "Food Stamps" -ou bons alimentaires- se multiplient un peu partout aux Etats-Unis. 

Shannon Stapleton/Files/REUTERS


Dans un supermarché de Baltimore Cathy Demeroto passe en caisse, paye le steak, les haricots mais repose les cacahuètes. Trop cher. Se nourrir avec les Food Stamps (bons alimentaires), une allocation de 30 dollars par semaine, est un défi permanent. "Pourriez-vous vivre avec cette allocation ?". La question est posée en forme de défi, le "Défi Food Stamps" (Food Stamps Challenge) popularisé aux Etats-Unis par des organisations religieuses aussi bien que par des ONG. 
Le défi est relevé par Mme Demeroto, directrice d'une association de lutte contre la faim, Maryland Hunger Solutions: se mettre dans la même situation que les 45 millions d'Américains, un chiffre record, qui n'ont que cette allocation du gouvernement fédéral pour se nourrir. Avec ces 30 dollars, cette dame ainsi que d'autres volontaires vont faire leurs courses pour la semaine, et écrire au jour le jour leurs réflexions sur le blog de l'association.  
"Je vais faire du chili con carne", dit Mme Demeroto. "Avec un budget de 30 dollars, il faut réfléchir. On ne peut pas simplement prendre une boîte et la mettre dans le chariot", ajoute-t-elle avant de se préoccuper de choisir des aliments très nutritifs, pois chiches, beurre de cacahuètes, pain, soupes, bananes, un peu de viande et quasiment pas de légumes, trop chers. Aujourd'hui, près d'un Américain sur six bénéficie du SNAP (Programme d'aide à l'alimentation), le nom officiel des Food Stamps toujours utilisés dans le langage courant. Ces timbres, lancés par le gouvernement au début des années 1940, ont été remplacés par une carte bancaire électronique. 
Avec