La Faim dans le monde
Les crises alimentaires dans le monde suivis et effets sur les populations.
jeudi 12 novembre 2009
Leaders urged to salvage UN World Food Summit as hopes for action on hunger fade
The current declaration finalized Tuesday night (10th) says little new. Meanwhile, this summer’s G8 pledge of $20 billion to tackle hunger appears to have been grossly overstated. The new money amounts to little more than a one-off payment of around $3 for each hungry person – barely enough for a single hot meal.
“The declaration is just a rehash of old platitudes,” said Francisco Sarmento, ActionAid’s food rights coordinator. “It says hunger will be halved by 2015 but fails to commit any new resources to achieve this or provide any way of holding governments to account through the UN’s Committee on Food Security. Unfortunately the poor cannot eat promises“.
"ActionAid appreciates Pope Benedict XVI’s attendance at the Summit but frankly he needs to pray for a miracle if the G8 can only find $3 billion in new money to solve world hunger,” said Sarmento. “That is less than Goldman Sach’s $3.2 billion profit announced on the eve of World Food Day.
“Currently, many rich countries seem intent on trying to increase food production by simply pushing for more chemical fertilizers and new technologies, particularly in Africa . This could offer some poor farmers short-term relief but it is not the answer to the structural problems behind world hunger, nor is it sustainable. It will simply condemn the developing world to a future of repetitive food crises and more environmental degradation,” said Oxfam spokesperson Frederic Mousseau.
“Instead we need more investment in better policies, institutions, services and training to encourage sustainable farming adapted to local agro-ecological environments. Smallholder farmers, mostly women, are on the frontline in the fight against world poverty, hunger and climate change and we must not continue to ignore them,” said Mousseau.
The summit is also largely ignoring other vulnerable groups, such as landless farmers and the urban poor who are in desperate need of long-term social protection and livelihood support as an alternative to short-term food aid.
“Rich countries are failing to show enough interest and urgency. At the G8 in Italy this summer they pledged $20 billion for agricultural over three years, so they believe they have done enough. They haven’t – and the $20 billion is a mirage. Less than a quarter of this money is new. The UN itself says that $25-$40 billion in public spending is needed each year just to keep up progress towards achieving the first Millennium Development Goal to halve hunger by 2015,” Mousseau said.
The agencies say that developing countries must also play a bigger role in the summit by committing to spend 10% of their agricultural budgets and focus their plans to reach the poor and hungry. Oxfam and ActionAid say, at a minimum, this UN World Food Summit must:
* Endorse and fund a reformed UN Committee on World Food Security as the central high level political platform for food security;
* Increase public support for sustainable production by smallholder farmers and social protection in developing countries to fight poverty and hunger and to build resilience to harmful climate change.
* Agree at least a $40-billion- a-year rescue of the Millennium Development Goal to halve global hunger and turn it into country-specific commitments, with proper plans and resources for food security and rural development focusing particularly on smallholder farmers.
ENDS
samedi 24 octobre 2009
Haïti éradiquera les maladies tropicales négligées grâce aux programmes d’alimentation en eau et d’assainissement financés par la BID et l’Espagne
Source: Inter-American Development Bank (IDB)
Date: 23 Oct 2009
Les dons accordés financeront des campagnes de lutte contre les maladies causées par les vers intestinaux, à travers l'intégration de l'éducation à l'hygiène et de la prévention des maladies dans les programmes d'amélioration des infrastructures
Les autorités haïtiennes utiliseront les dons accordés la semaine dernière par l'Espagne et la Banque interaméricaine de développement en lançant une initiative intégrée de lutte contre une importante source de maladies.
Une partie des dons servira à financer une campagne d'éradication des vers intestinaux liés à la mauvaise qualité de l'eau et des services d'assainissement. La campagne mettra un accent particulier sur la prévention et le traitement des enfants âgés de 1 à 15 ans et des femmes en âge de procréer.
En Haïti, les vers intestinaux tels que les ascaris, les trichuri et les ankylostomes sont de grands vecteurs de maladies qui causent anémie, retard de croissance et malnutrition, et affectent le développement physique et cognitif. L'un des meilleurs moyens de lutte contre ces maladies incapacitantes est une approche intégrée associant la prévention et le traitement des populations à risque aux investissements dans les infrastructures d'alimentation en eau et d'assainissement.
La campagne aura pour objectifs d'améliorer la santé et de réduire la mortalité maternelle et infantile en encourageant l'adoption durable de comportements hygiéniques comme le lavage des mains avec de l'eau propre et du savon, le dépôt des matières fécales dans des latrines à fosse, ainsi que le traitement de l'eau destinée à la boisson et sa conservation dans des récipients propres. Ces activités seront financées à hauteur de $900 000, prélevés sur le don de $39 millions approuvé conjointement par le Gouvernement espagnol et la BID pour l'expansion et la remise en état des services d'alimentation en eau et d'assainissement en Haïti. (Voir le lien à droite pour plus d'informations).
Les infections causées par les vers intestinaux font partie des maladies tropicales négligées : 13 infections parasitaires et bactériennes font particulièrement des ravages parmi les populations les plus pauvres de la planète. Facilement transmissibles, notamment par la piqûre d'un moustique ou le contact avec de l'eau contaminée, les maladies tropicales négligées entraînent la cécité, handicapent, défigurent et constituent une cause de stigmatisation des personnes défavorisées qui n'ont pas accès à l'eau potable et aux services de santé.
Le projet d'Haïti s'inscrit dans le cadre d'un partenariat entre la BID et le Réseau mondial de lutte contre les maladies tropicales négligées, une initiative du Sabin Vaccine Institute et de l'Organisation panaméricaine de la santé (OPS). Grâce au soutien financier de la Fondation Bill & Melinda Gates, ce partenariat a entrepris le développement d'une approche collaborative et globale de lutte contre les maladies tropicales négligées dans les Amériques.
jeudi 15 octobre 2009
Une personne sur six souffre de la faim

L'humanité vient de battre un bien triste record. Jamais autant d'êtres humains n'ont souffert de la faim dans le monde. Selon un nouveau rapport des Nations unies publié hier, un peu plus d'un milliard de personnes sont sous-alimentées.
Parmi elles, seulement 15 millions se trouvent dans les pays industrialisés de l'Occident qui se débattent depuis plus d'un an avec la crise économique. La quasi-totalité des 1,02 milliard d'affamés du monde, soit 99,75%, vit dans les pays en voie de développement, estime le rapport L'état de l'insécurité alimentaire, rendu public hier à Rome par l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) et le Programme alimentaire mondial (PAM).
«La situation de la faim dans le monde était déjà grave quand les prix de la nourriture étaient raisonnables et que le monde vivait une période de prospérité économique. Mais la crise alimentaire mondiale (2006-2008), suivie de la crise économique, a créé une situation catastrophique», a dit hier à La Presse Dan Gustafson, directeur du bureau de la FAO à Washington.
Des millions de familles qui avaient déployé d'immenses efforts pour survivre à la crise alimentaire et à l'explosion des prix des denrées n'ont pu résister au choc de la crise économique. En 2008 seulement, 100 millions de personnes se sont ajoutées aux victimes de sous-alimentation, ont constaté la FAO et le PAM.
Un des impacts les plus dévastateurs de la crise économique a été de mettre un frein à l'aide internationale. «Des pays comme la Somalie, qui ont fait appel à la communauté internationale pour surmonter la crise, n'ont réussi à obtenir que la moitié de ce qu'ils demandaient», note M. Gustafson.
Le Programme alimentaire mondial, qui avait amassé des sommes records lors de la crise alimentaire, a vu son budget passer de 6 à 3 milliards de dollars entre 2007 et 2008.
Autre impact de la crise économique sur la faim : touchés par le ralentissement économique et les pertes d'emplois, les expatriés - habituellement source de sécurité financière pour des millions de familles dans les pays en voie de développement - ont dû réduire les sommes qu'ils expédiaient dans leur pays d'origine. Ces travailleurs immigrés y envoient de deux à trois fois plus d'argent, au total, que n'en versent les pays occidentaux par le truchement de l'aide internationale.
Afrique fragile
En chiffres absolus, la région de l'Asie et du Pacifique est la plus durement touchée par l'insécurité alimentaire. Près de 642 millions de personnes n'y mangent pas tous les jours à leur faim. En Afrique subsaharienne, ils sont 265 millions dans la même situation. Dans le croissant qui s'étend de l'Afrique du Nord au Proche-Orient, 42 millions de personnes sont sous-alimentées. En Amérique latine et dans les Caraïbes, 53 millions de personnes vont au lit le ventre creux.
«C'est cependant en Afrique subsaharienne que la situation est la plus inquiétante, à cause de la proportion de la population qui est sous-alimentée et de la gravité de cette sous-alimentation», dit M. Gustafson. Plusieurs organismes humanitaires craignent d'ailleurs de voir l'Afrique de l'Est sombrer dans la famine. De plus, 20 des 30 pays considérés comme les plus vulnérables par la FAO et le PAM se trouvent en Afrique.
Solutions à l'horizon?
Les deux instances onusiennes ont publié leur rapport à l'approche de la Journée mondiale de l'alimentation, vendredi, et du Sommet mondial sur la sécurité alimentaire, à la mi-novembre. Déjà, la FAO estime que les pays pauvres auront besoin annuellement d'investissements de 29,5 milliards de dollars dans le secteur de la production alimentaire afin de nourrir la population mondiale, qui devrait passer de 6,8 milliards à 9,1 milliards d'ici à 2050. Ces investissements sont actuellement de 7,9 milliards annuellement.
Laura-Julie Perreault
mercredi 14 octobre 2009
1001 raisons et 1001 façons de se révolter. Impressions suite au Forum Soci al Québécois...

4 jours intenses viennent de s’écouler, sans me laisser le temps et le
loisir de partager à chaud mes impressions sur cette seconde édition du
Forum Social Québécois. C’est donc tout juste au sortir de l’événement que
je vous livre ici en vrac quelques impressions.
Richesse, d’abord, d’une quantité d’ateliers incroyables aussi bien en
termes de diversité, que de qualité.
C’est plus de 300 événements qui se sont effectivement tenus, rassemblant
plus de 4000 participants, avec en général une très bonne qualité
d’interventions, et une participation par atelier ou conférence
généralement limitée qui permettait souvent des débats et des échanges
d’une grande richesse.
Richesse, que j’essaye de vous faire sentir dans les petites chroniques
ci-dessous, de ces quelques journées qui viennent de s’écouler, et qui
m’ont fait voyager un peu partout, du grand nord canadien, aux rives des
grands lacs du Congo, en passant par Gaza, Bamako, le Guatemala, l’Irak,
la Tunisie, les USA, et les quartiers Nord de Montréal…
Richesse des rencontres humaines enfin, impossible à décrire ici dans leur
diversité, leurs espoirs et leurs forces… Pour cela, il faut être présent,
et cela ne tient qu’à vous de rentrer dans la danse… C’est surtout pour ça
qu’on est là, et c’est irremplaçable !
Mais avant de rentrer dans le vif du sujet, quelques mots sur
l’organisation en général. Le travail a été bien fait dans de nombreux
domaines : informations, mobilisation, logistique, même si certains
aspects auraient sans doute pu être améliorés, parmi lesquels je relève :
- les « lieux du forum » : éclatés entre les nombreux bâtiments de
l’Université du Québec à Montréal (UQAM), les 8 étages et les couloirs
tortueux du Cégep du Vieux Montréal (un lycée), et d’autres lieux encore,
difficile de sentir l’unité au sein des participants. Même la « foire » où
l’on rencontre les nombreux stands militants ou commerce équitable, semble
avoir été cachée au public. Il faut pousser au fin fond d’un couloir pour
trouver la salle internet. La marche finale, et le concert sur une place
publique furent les seules activités ouvertes sur la ville, l’ensemble
ayant participé à la création d’un sentiment d’isolement, voir de ghetto
militant…
- la « convergence » : élément essentiel des forums sociaux, cette
préoccupation n’a semble-t-il pas été suffisamment intégrée par les
organisateurs : le programme aurait pu être réduit à 200 événements,
rendant plus naturelle la convergence. L’éclatement en 8 ou 9 axes
thématiques pour les soirées prévues en fin de journée les samedi et
dimanche soir ont donné lieu à un bide presque total. Fatigués, ou pris
dans d’autres activités, ces espaces furent ignorés, ou boudés du public.
Le seul vrai moment de convergence fut la séance finale du lundi matin,
dit « espace des revendications et des appels à l’action collective ».
Je vais maintenant essayer de me souvenir, et de parcourir brièvement les
activités phares auxquelles j’ai eu le loisir de participer :
Jeudi. Le forum a commencé par sa soirée d’ouverture, jeudi soir, à la fin
du Conseil International, et j’étais déjà sur les rotules. Jean-François
Lessard, un chanteur enragé au talent immense, m’a réveillé le temps de sa
prestation. Celui qui a fini de me mettre en rage, c’est Taoufik,
coordinateur du secrétariat du Forum Social Africain qui monte sur scène
annoncer la tenue du Forum Social Mondial à Dakar 2011. Si peu ici savent
la réalité du mouvement social africain, qu’il peut se permettre son
baratin. C’est donc sans attendre la fin que je suis rentré dormir, et
préparer le marathon qui s’annonçait les jours suivants.
Vendredi. Après un sommeil réparateur, j’anticipe le début du forum en
allant visiter en compagnie d’Alain Deneault le local de leur collectif «
Ressources d’Afrique ». On y trouve une invitation à un déjeuner-débat,
sans aucun en lien avec le forum social, organisé par l’UQAM, autour de la
question de la « gouvernance minière au Congo ». La conférencière,
chercheure au Grama, vient de défendre sa thèse sur le sujet, où elle a
obtenu la note de 18 et la mention excellent. Je m’attendais à une
révolution. Elle n’a rien dit, elle n’avait rien à dire. C’est ce qu’on
lui demandait. Quel talent. Je l’ai un peu taquiné : comment pouvait-elle
limiter son sujet d’étude à la seule « gouvernance du Congo », quand elle
annonçait d’emblée l’absence de souveraineté d’un état ravagé par la
guerre et soumis aux diktats extérieurs ? Comment ne pas s’interroger sur
les acteurs réels de cette souveraineté, qu’elle n’avait pas besoin de
chercher bien loin ? Réduire les systèmes parallèles illégaux aux petits
fonctionnaires et trafiquants sans déceler le rôle fondamental des
multinationales, de la bourse de Toronto, de la Banque Mondiale et du FMI.
Heureusement, le forum allait commencer, et j’allais avoir le loisir
d’écouter des choses plus sensées. L’université a du souci, vraiment.
Tourisme Solidaire.
Je commence soft avec un atelier sur l’alter-tourisme. J’en apprends plus
sur les peuples autochtones du Canada, que sur le tourisme solidaire, mais
j’en retiens tout de même quelques idées : cette forme de tourisme peut
contribuer à redonner du pouvoir à des populations qui en sont privées,
entre autres avec la création d’emplois de qualité. Le tourisme solidaire
n’est pas tant un produit, qu’une relation à créer. Je me débarrasse au
passage d’un doute : l’absence d’implication dans un projet de tourisme
solidaire peut créer autant de troubles, si ce n’est plus, que
l’implication dans un projet de ce type. Je suis intéressé à continuer la
réflexion sur le sujet, si vous avez des pistes, des idées, je suis
preneur.
Jardins sur les toits à Bamako.
C’est les copains d’Alternatives Internationales qui se proposent de
partager leurs expériences dans le domaine des échanges autour de
l’agriculture en milieu urbain. Quelques jeunes stagiaires reviennent de
Bamako, où elles ont contribués à créer, sur le toit de la radio Kayira,
un jardin urbain. Sympa, mais rien de bien révolutionnaire, je m’en vais
voir ailleurs. C’est l’heure aussi d’aller remplir ma mission de bénévole.
Bénévolat ?
J’aime m’impliquer dans ce genre de forum, en tant que bénévole, non pas
seulement pour contribuer, mais plus pour accéder et échanger aux
organisateurs, aux autres bénévoles, et mieux comprendre les logiques qui
sous-tendent leurs travaux. On me confie une mission informatique de base,
tout en me faisant comprendre que la mission était déjà remplie à 95% et
que je ne serais pas vraiment utile en fait. Je propose alors de
réorienter ma « mission » sur la rédaction de comptes-rendus, proposition
acceptée. Je redeviens donc libre de me balader et de participer aux
ateliers du forum. La plupart des bénévoles sont de jeunes étudiants
engagés, il règne une ambiance chaleureuse, et on sent partout leur
efficacité, leur présence, et leur disponibilité. Chapeau à tous !
« Leur crise »
La soirée avance, et je me rends au café « L’Absinthe » pour le lancement
des nouveaux cahiers du socialisme, un recueil de textes autour de « Leur
crise ! ». Discours engagés, enflammés, retrouvailles avec Elodie, de la
maison d’édition Ecosociété, quelques échanges sympas, un peu de musique
et beaucoup d’alcool. Le mot de passe, le mot-clé : « Vive la révolution !
», mais je me sens étonnamment seul dans ce zinc, et mal à l’aise
finalement. Moment de fatigue ? Absence de repos et de repas ? J’apprécie
tout de même à nouveau, cette fois en solo, la superbe prestation de
Jean-François Lessard : va vraiment falloir que je me procure son album
avant la fin de mon séjour ici…
Mobilisations, révoltes et répressions à Gafsa en Tunisie.
Je finis la soirée en compagnie d’un camarade croisé maintes fois à Paris
: Mouhieddine Cherbib, président de la Fédération des Tunisiens des Deux
Rives, animateur de nombreux mouvements en France et au Maghreb. C’est le
lancement du film « Leila Khaled la tunisienne » qui revient sur la grande
mobilisation du bassin minier en Tunisie, autour de Redeyef. Salle comble,
environ 50 personnes, et débat intéressant, sauf lorsque quelques
tunisiens libéraux nient le caractère dictatorial du régime de Ben Ali, et
essaye de plomber le débat. Mais la tentative de sabotage est bien
contrôlée, et la soirée s’achève dans la bonne humeur…
Samedi. Troisième jour. Un petit café dans un troquet non loin de chez
Alain, un bus, un métro, quelques minutes dans le froid qui est bien tombé
ce matin, et j’arrive non loin des lieux du forum. Je porte un bonnet noir
enfoncé sur ma tête, une écharpe, et un gros gilet un peu pourrave,
lorsque j’essaye de demander ma route à un groupe d’étudiantes, qui me
bloque net d’un signe de la main qui veut dire stop. Je ne me démonte pas,
et leur explique d’en dépit de mon allure de vagabond, je ne leur demande
pas l’aumône, mais simplement mon chemin. Les trois étudiantes sont «
désolés au carré », – c’est leur expression – elles m’indiquent ma route
en essayant, honteuses, de se justifier : « Tu comprends, ici, on est
sollicité 100 fois par jour… » Je comprends, mesdemoiselles, je comprends.
Vous êtes ce que vous êtes. Assumez. Bref, je me suis levé bien trop tard
pour assister au premier atelier qui m’intéresse ce matin autour d’un
projet d’observation électorale au Salvador au début 2009. La mise en
contact avec leurs promoteurs a tout de même pu se faire, et le collectif
« élections Afrique, mascarades » mis en place à Paris, devrait bénéficier
de cette expérience.
Quartiers populaires, racisme ordinaire, et violences policières.
Je cherche à me rendre à un atelier bilan autour d’un genre de Forum
Social des Quartiers Populaires tenus dans les quartiers nord de Montréal
: « Hoodstock », organisé un an après l’assassinat de Fredy Villanueva,
entre les mains de la Police de Montréal. L’événement a été déplacé au
lendemain, mais l’on me raconte une anecdote saisissante sur la
stigmatisation qui s’opère comme chez nous en France vis à vis des
quartiers périphériques :
Les journaux locaux pour unique couverture du forum, lors duquel se
tinrent une série d’activités toutes plus riches les unes que les autres,
ne trouvèrent rien d’autre à dire que : « Il n’y a pas eu de violences !
», pour faire suite aux annonces, nombreuses, de la part de cette presse
de merde, qui prévoyait une explosion de violence à cette occasion !
S’attaquer au capitalisme !
Un peu déçu, je me rabats donc sur un atelier, totalement bondé, près de
100 personnes s’entassant dans une petite salle de classe. Je prends le
débat en cours, il s’intitule : « S’attaquer au capitalisme ou l’aménager
: le capitalisme est-il humanisable ? ». C’est un poil barbant, mais je
retiens une idée d’Engels qui stipulait deux ans après la mort de Marx :
L’important, c’est la mise en mouvement des ouvriers vers l’action
politique indépendante, sur n’importe quelle revendication ! Le Forum
Social Mondial serait sans doute d’accord avec ça, et moi aussi je crois.
L’autre idée : « Le capitalisme n’est pas puissant tout le temps et
partout. » à méditer, non ?
Food not bombs et informatique à libérer.
J’avale un sandwich issu de bouffe récupéré, au paté végétal et aux
pommes, c’est pas mauvais et c’est prix libre.
Ensuite, un tour sur le net, mais je ne vois que des machines sous
Windows, sans doute une contrainte lié au laboratoire. Je suis seul dans
ce grand espace composé d’une centaine de machines. Tout le monde a son
propre portable et se connecte en wifi directement dans les salles
d’ateliers. J’ai une pensée pour Lomé, et l’étrange rencontre qui s’est
tenu sans Internet, sans salle informatique. C’est triste une telle
inégalité.
Art et engagement politique.
Pas le temps de rêvasser, j’ai envie de suivre un atelier organisé par
Ecosociété autour de l’art et de l’engagement politique. J’en retiens la
présentation de France Théoret, auteure féministe, qui évoque « un art qui
prend position », elle parle de son engagement « en faveur de la liberté
artistique, contre l’idéologie ». Elle se réjouit d’un mouvement féministe
qui a gagné de belles batailles, ouverts et conquis, par la lutte de
nouveaux droits, un mouvement sans chef de fil, sans hiérarchie. Elle
fustige et démonte, avec rigueur et talent « les discours ambiants contre
l’engagement politique. » Hyper motivant !
« La convergence troublante du privilège, de l’activisme et des voyages.»
Hélas, au même moment se tient un autre atelier donc l’intitulé,
ci-dessus, a retenu toute mon attention.
Un douzaine de personnes, essentiellement des femmes, échangent à bâtons
rompus. J’écoute un peu, et rapidement brûle d’intervenir, de partager mon
témoignage, mon expérience. Si rares sont les espaces où l’on peut
échanger collectivement sur ce type de sujets. On évoque les paradoxes et
les contradictions d’un engagement politique dans les « pays du Sud »
lorsqu’on est un « petit blanc » qui essaye de participer, en commun, à la
construction d’un autre monde. On parle de racisme, de prise de
conscience, de limites, de dérives, de dangers et de réponses
personnelles, de stratégies. C’est franchement passionnant, mais il manque
tout de même la présence de « ceux du Sud » pour nous renvoyer notre image
en miroir. Un échange à poursuivre et développer, sans aucun doute !
Comment réagir à Noir Canada ?
C’est le thème de cet atelier, animé aux côtés d’Alain et de Me Jean-Moïse
Djoli, président de l’Association des juristes congolais au Canada, qui
tente de mener une plainte contre une multinationale canadienne Anvil. On
parle interdisciplinarité des approches, on liste les pistes d’actions
possibles, et la salle se lance dans des témoignages tous plus
bouleversants les uns que les autres, tel cet autre congolais qui raconte
son parcours personnel : la guerre, les assassinats, la fuite, les camps
de réfugiés, la réinstallation au Canada, et les questions qu’on lui pose
souvent ici : « Pourquoi venez-vous ici ? Est-ce pour profiter du système
? ». Ceux qui se mobilisent déjà témoignent, les autres promettent de
rejoindre le mouvement, c’est extrêmement motivant et rompt avec une forme
de pessimisme ambiant qu’on peut croiser à Paris dans ce genre de
conférences. Au Canada, ce bouquin a provoqué quelque chose d’unique, de
nouveau et on assiste à la naissance d’un mouvement inédit dont la portée
nous échappe aujourd’hui…
Gaza, on n’oublie pas !
Les soirées de convergences sont annulées, et je participe donc à une
soirée de solidarité avec la Palestine, autour du thème
Boycott-Désinvestissement-Sanctions, qui conclue une journée mondiale
d’action sur le même slogan.
Pièce de théâtre magnifique, cinémas, et concerts s’enchaînent, devant un
public nombreux et métissés (plus de 300 personnes). Je me prends à
danser, comme un pied, je vous rassure, porté par la fatigue, défiant ce
public mort qui manque de s’endormir, quand pourtant 3 musiciens essayent
de nous ramener à la vie avec leur musique tzigane. En sortant, je ne sais
comment, je me retrouve dans un bar branché de Montréal, l’ennui me
submerge, la musique techno me casse la tête, l’absence de mots (malgré
l’ivresse de la journée) me dévore : je fuis sans un adieu, et retraverse
la ville à pied, retrouver un peu de sommeil et de paix…
Dimanche. Et de quatre ! Le réveil est de plus en plus dur, je tourne sur
les stands, à la recherche d’un bon café. Le second me voit enfin à peu
près en état de bosser. Je commence à suivre un atelier autour du
dynamisme de la société civile en Afrique de l’Ouest. Seules 10
participantes sont présentes, mais la présentation de la première
intervenante, qui revient d’un stage auprès du Mouvement Burkinabé pour
les Droits Humains et des Peuples est saisissant. Elle raconte la boutique
de droits, les succès et les difficultés d’un tel mouvement au Burkina
Faso. Bien que familier du mouvement, j’apprends des petites choses, mais
je n’ai pas la patience d’attendre le temps du débat, et m’en vais
rejoindre un autre atelier sur un thème bien proche, organisé par Alain et
William, autour du cas de l’exploitation de l’or à Sadiola, au Mali. Je
m’improvise porte-parole de Camille de Vitry, la réalisatrice du film
projetée, qui glace les participants (nombreux, la salle est pleine). Je
redécouvre le talent et le courage de Camille pour réaliser cette enquête,
j’en ressens la portée, profondément. Le débat est élargi à la
mobilisation générale, aux rôles des diasporas, et j’y évoque l’OREZ qui
essaye de fédérer les résistances.
J’avale un sandwich au soleil et cause avec deux communistes de la
révolution à Cuba et au Vénézuéla, avant de devoir décider entres les 6
ateliers passionnants qui se déroule au même moment à 14h ce dimanche
après-midi.
Faute de choisir, je vogue de l’un à l’autre, n’appréciant que rarement la
substance du débat, mais percevant l’ambiance générale qui se dégage de
tous ces travaux : « Les gauches en Amérique », « Crise du capitalisme :
repenser le développement et l’infléchir vers l’autocentrage progressiste
» animé par l’ami Aziz S. Fall du GRILA, qu’on avait déjà reçu à Paris.
Riche et enthousiasmant ! Je finis l’après-midi entre la grande conférence
sur le thème « La survie de l’humanité » autour d’Albert Jacquard et
d’autres grandes personnalités internationales. Passionnant, inquiétant,
magnifique, déprimant aussi… L’atelier pratique d’organisation d’un
tribunal des peuples sur l’industrie minière du Canada me remonte un peu
le moral, mais c’est ce diner Hamburger-Frites à « La Paryse », le
meilleur restaurant fast-food de la ville, qui fait juste face au CEGEP
qui finit de me redonner la patate !
Je rate tout de même 4 ateliers qui m’intéressaient vraiment : j’ai pas
suffisamment de « réseaux » à Montréal pour qu’on se partage le boulot et
les comptes-rendus, comme j’arrive souvent à le faire en Afrique.
La soirée de convergence du dimanche soir est aussi un semi-échec, la
plupart des réunions ne se tiennent pas. Les autres sont déjà trop
entamés, et je comate sur un canapé, ne sachant plus trop ou je suis ni
pourquoi. Au radar, mes jambes me ramènent à la maison, où la fatigue
m’emporte en quelques secondes…
Lundi matin. 5ème et dernier jour au FSQ.
Ce sont des nuits dans rêves, mais les réveils sont toujours féconds :
directs, soudains, les idées se bousculent dans ma tête. Je tends le bras
hors du lit, attrape un cahier, un crayon, et griffonne quelques idées qui
me serviront pour plus tard. Il est souvent 6h du matin – décalage horaire
oblige – et pas la peine de compter se rendormir après ça. 4h de sommeil
par nuit, c’est pas humain, mais l’adrénaline va encore me porter une
dernière journée…
Ce matin se forme « l’espace des revendications et des appels à l’action
collective ». En vérité, en dehors de rares interventions, chacun répéta
sa « petite » préoccupation ou passion personnelle, le tout s’apparentant
encore à un listing fastidieux des initiatives à rejoindre, plutôt que
d’adresser des préoccupations plus stratégiques…
Ce moment de partage se conclue tout de même sur un sympathique chant
mi-burlesque, mi-sérieux nous invitant à nous mettre « en marche », ce qui
fût fait aussitôt par les quelques 150 participants à cet échange,
rapidement rejoints par d’autres… Le cortège fit un paisible tour du
quartier quasiment désert en cette journée de thanks giving : ni actions,
ni slogans choc ne firent trembler les puissants, ce qui m’inspira dans un
moment de folie désespoir, un étonnant slogan : « Silence ! Silence ! Nous
marchons en silence ! » diversement apprécié par mes voisins de
manifestation…
De retour de la marche, un concert et des prises de paroles concluent ce
forum social, tandis que nous sommes un petit groupe à se réunir, avec
Samir d’Attac Togo, et des organisateurs du FSQ, dans un café coopératif
de la place. On continue la lutte, en mangeant, buvant, et se promettant
de se retrouver lors du Forum Social Mondial de Dakar en janvier 2011.
C’était un beau forum, et tous sortons grandis de cette aventure partagée…
jusqu'à la prochaine fois…
En soirée, invité chez des amis à dîner, j’apprends que la politique
d’expulsion des étrangers sans-papiers mené par le Canada est bien
similaire à celle que la France pratique. Mêmes résistances de ce côte de
l’Atlantique, mêmes silences de la majorité des bons citoyens, et des
esclaves-consentants, et la rage me gagne à nouveau.
Tout ça là, jusqu’à quand ?
Zoul
zoul@no-log.org
http://www.zoulstory.com
Produire plus et nourrir mieux, le nouveau défi agricole

La Journée mondiale de l'alimentation se tient vendredi, alors que, en 2009, plus d'un milliard de personnes sont encore victimes de la faim. Les causes structurelles des "émeutes de la faim" de 2008 n'ont pas disparu. La crise a réveillé l'une des craintes les plus anciennes de l'homme : pourra-t-on nourrir tout le monde demain ? L'intensification écologique de la production agricole est un nouveau défi pour la recherche.
Il y a plus d'un an, la crise des prix et les "émeutes de la faim" ont conduit à rappeler à tous l'effroyable nombre des personnes sous-nourries : plus d'un milliard aujourd'hui. Depuis, les prix sont retombés des sommets fous qu'ils avaient atteints. La souffrance des pauvres est redevenue silencieuse.
Si d'autres flambées des prix ont eu lieu par le passé, celle de 2008 est pourtant nouvelle. D'abord, c'est la première crise mondiale qui intervient après deux décennies de libéralisation économique. La globalisation des échanges devait permettre de mutualiser les risques, d'assurer plus de sécurité alimentaire. Or, bien que l'on n'ait pas observé de franc déficit de la production agricole, les prix ont quand même flambé.
Aujourd'hui encore, le faible niveau des stocks mondiaux et l'absence de régulations des marchés financiers font craindre de nouvelles crises dans l'avenir. Ensuite, la multiplication des émeutes urbaines, une trentaine en moins d'un mois, a révélé l'effet de la globalisation de l'information, favorisant la contagion des révoltes. Ce qui s'est passé en Haïti a été vu quasiment instantanément dans le reste du monde. La crise de 2008 a donc signé le début d'une ère de plus grande instabilité : économique, politique, de même que climatique. Un premier défi est de parvenir à gérer ces instabilités, à en limiter l'intensité et les effets de paupérisation.
La crise de 2008 a également réveillé l'une des craintes les plus anciennes de l'homme : pourra-t-on nourrir tout le monde demain ? On sait, depuis Malthus, que la population s'accroît plus vite que la production agricole. Les changements alimentaires liés au développement économique et à l'urbanisation accélèrent ce décalage.
Dans ce contexte, la question agricole redevient stratégique. La prospective Agrimonde, menée par le Cirad et l'Inra, vise à tester plusieurs scénarios d'évolution de la consommation et de la production à l'horizon 2050. Son intérêt n'est pas de lancer des cris d'alarme en brandissant les courbes malthusiennes. Il s'agit plutôt de construire des scénarios possibles, pour faire face à l'augmentation de la demande sans détruire l'environnement. Laisser les tendances se poursuivre, telle une fuite en avant, mène vers une impasse très probable. Réduire les disparités mondiales de consommation apparaît l'une des conditions pour que l'augmentation nécessaire de la production ne se fasse pas au détriment des générations futures. Non seulement il faudra trouver des solutions qui combinent production et environnement, mais encore faut-il y ajouter une contrainte désormais forte : celle de pouvoir résister aux chocs, aux instabilités, en particulier climatiques. Pour la recherche, ce défi de l'intensification écologique dans un monde instable constitue une révolution scientifique.
Mais produire plus et mieux devra tenir compte de l'enjeu de l'emploi. Dans les pays d'Afrique ou d'Asie, où vit encore la grande majorité de la population sous-nourrie, le secteur agricole reste le principal pourvoyeur de revenus. Or, d'après les tendances démographiques, on estime qu'il est nécessaire dans ces pays de créer environ 30.000 emplois par an et par million d'habitants pour sortir de la pauvreté. Les villes seules ne pourront fournir aux jeunes qui quittent leurs villages des emplois à un rythme suffisant. Il faut donc investir dans le développement rural et renforcer les capacités de résilience des plus vulnérables.
Par ailleurs, la ruée sur les terres et les projets de grandes plantations industrielles à main-d'œuvre salariale font craindre une accélération de la fonte de l'emploi rural. Ces changements structurels doivent être évalués sans a priori idéologique. Il faut se doter d'outils d'analyse pour mesurer les performances environnementale et sociale de ces nouveaux systèmes, et leur capacité de résistance dans un environnement plus instable.
Eliminer la faim dans le monde concerne donc bien l'agriculture, dans toutes ses dimensions, mais aussi de nombreux autres secteurs de la société. En juin 2008, au dernier sommet sur la sécurité alimentaire mondiale à Rome, la France a proposé une gouvernance mondiale de la sécurité alimentaire. Celle-ci doit être fondée sur une alliance multisectorielle, incluant l'agriculture, l'alimentation, l'emploi, le commerce, la santé, l'environnement et la recherche. Mais pour que ces secteurs s'allient à cet objectif, il faut se doter d'outils pour que chacun s'impose d'évaluer les effets de ses actions sur la sécurité alimentaire. C'est une condition absolument nécessaire pour ne pas rester dans les déclarations d'intentions.
Gérard Matheron, directeur général du Cirad (institut français de recherche agronomique au service du développement des pays du Sud et de l'outre-mer français)
