vendredi 27 novembre 2009

Cyclones, faim et sans-abris à Haïti si les dirigeants mondiaux ne prennent aucune décision en matière de changement climatique – Oxfam


Le peuple d'Haïti, qui a survécu à l'instabilité politique, à l'insécurité alimentaire et à quatre cyclones l'an dernier, pourrait basculer si les dirigeants mondiaux ne prennent aucune décision pendant les négociations organisées par les Nations Unies sur le climat le mois prochain, avertit Oxfam aujourd'hui.

Dans un nouveau rapport daté d'aujourd'hui, Haïti : Une tempête qui s'annonce, l'agence internationale de développement démontre comment la sècheresse et des cyclones plus fréquents et plus violents mettent en danger la vie et les moyens de subsistance des gens qui essaient de joindre les deux bouts en dépit de tout.

Un an après que 4 cyclones se soient abattus sur l'île et affecté environ 900 000 personnes, les gens vivent encore dans des abris temporaires et dépendent de l'aide alimentaire. Les cyclones ont provoqué des dégâts évalués à 15 % du PIB, faisant dérailler la croissance économique.

Les modèles climatiques établis par les scientifiques prévoient que les cyclones vont devenir de plus en plus fréquents et violents. Haïti, qui se trouve sur le passage des cyclones dans les Caraïbes et qui est le pays le plus pauvre de l'hémisphère occidental, est le plus vulnérable à ce type de phénomène.

Le Directeur pays d'Oxfam à Haïti, Yolette Etienne, a déclaré : « Les dirigeants mondiaux qui participent aux négociations climatiques sous l'égide des Nations Unies à Copenhague ne doivent pas oublier qu'ils ne négocient pas seulement des chiffres et des objectifs, mais des vies. Le Niño de cette année a fait diminuer le nombre de cyclones, ce qui a représenté une bénédiction, car Haïti, profondément marqué par les cyclones de l'an dernier, aurait eu du mal à en surmonter d'autres. Cependant, il y en aura probablement davantage l'an prochain, l'île n'a pas encore récupéré et n'est pas en mesure d'assurer toute seule et de manière adéquate sa propre protection ».

Le communiqué montre à quel point le changement climatique est un ingrédient mortel qui s'ajoute au cocktail toxique haïtien : insécurité alimentaire, prix des aliments en forte hausse, pauvreté et déforestation massive. Plus de 98 % des arbres ont été coupés pour fabriquer du charbon de bois, provoquant des glissements de terrain sur les pentes dénudées en cas d'intempéries.

Les solutions que suggère Oxfam comprennent la reforestation et la diversification des variétés végétales, l'identification de combustibles alternatifs, la conscientisation de la population et l'aide aux communautés pour leur permettre de s'adapter et d'assurer leur propre protection contre les nouvelles tendances climatiques.

« Nous devons prêter attention à tous les aspects pour affronter les effets du changement climatique à Haïti, aussi bien sur le court terme que sur le long terme », a ajouté Etienne. « Nous avons besoin de l'appui international pour faire tout cela correctement et il doit débuter à Copenhague ».

«Les pays riches, qui sont les responsables du changement climatique, doivent assumer leurs responsabilités et s'engager à réduire leurs émissions et à financer l'adaptation au changement des pays en développement ».

# Fin #

Pour plus d'informations, veuillez contacter :

Yolette Etien, +(509) 262 2728 - yetienne@oxfamhaiti.org
Directeur, Oxfam Haití

Anne Van Schaik, +(52) 95 1133 6119 – avanschaik@oxfam.org.uk
Regional Advocacy Environmental and Climate Change Advisor.
Oxfam GB - Latin America and the Caribbean Regional Office.

Joaquín de la Torre, +(52 55) 5061 5670 – jdelatorre@oxfam.org.uk
Oficial de Comunicación para Latinoamérica y el Caribe
Centro Regional de Oxfam GB para Latinoamérica.

Accéder au rapport :
http://wordsandpictures.oxfam.org.uk/?c=6000&k=31cd5a20f6

Accéder aux photos :
http://wordsandpictures.oxfam.org.uk/?c=6000&k=31cd5a20f6

Notes aux rédacteurs :

- Quatre cyclones et tempêtes tropicales, Fay, Gustav, Hanna et Ike ont frappé Haïti l'an dernier en l'espace de quelques semaines. La zone la plus touchée a été Gonaïves, la troisième ville la plus peuplée d'Haïti, où 450 personnes, ensevelies sous des coulées de boue, sont mortes. Des centaines d'autres se sont trouvées sans abri et sans nourriture

- Près de 229 millions de dollars ont été perdus dans l'agriculture

- Actuellement, environ un tiers de la population souffre d'insécurité alimentaire

- Haïti importe déjà 40 % de son alimentation

- Le prix des denrées alimentaires a augmenté de 40 % l'an dernier.

La campagne sur le changement climatique d'Oxfam demande que :

- Les pays riches réduisent leurs émissions globales de 40 % sur la base du niveau de 1990 en 2020.

- Les pays riches consacrent 50 milliards de dollars par an au financement de l'adaptation pour permettre aux communautés de se protéger des effets du changement climatique.

- Les pays riches aident les pays en voie de développement à diminuer leurs propres émissions en engageant 100 milliards de dollars par an.

jeudi 26 novembre 2009

Haïti-pauvreté : Haïti frappée par une insécurité alimentaire chronique


"Une bonne tranche de la population d'Haïti vit dans une situation d'insécurité alimentaire "chronique élevée", estime le Programme alimentaire mondiale, PAM, un organisme des Nations-unies.

"La situation en Haïti est caractérisée par des carences alimentaires sévères, beaucoup de gens ne mangeant que des céréales", évalue Benoît Thiry directeur adjoint du Programme alimentaire mondial (PAM) en Haïti.

Selon un rapport publié fin novembre par le Conseil national de la sécurité alimentaire (CSNA) haïtien, plus d'un Haïtien sur quatre est sous-alimenté, soit 1,8 million de personnes.

Après le passage des ouragans et tempêtes tropicales qui avaient durement frappé le pays en 2008, plus de 3 millions d'Haïtiens se trouvaient en situation d'insécurité alimentaire, mais une amélioration a été constatée depuis.

Si les chiffres ont baissé un peu entre 2008 et 2009 passant de plus de 3 millions à 1,8, "la population reste susceptible, au moindre choc, de basculer très rapidement dans une situation catastrophique", relève le fonctionnaire international.

Au cours de la dernière année, le programme alimentaire mondial a assisté des millions d'Haïtiens apportant des rations alimentaires quotidiennes à plus d'un tiers de la population, environ 9 millions d'habitants.

Les personnes les plus touchées par l'insécurité alimentaire sont les enfants et les femmes vivant en milieu rural, mais dans les bidonvilles de Port-au-Prince, PAM estime que 31% des ménages sont confrontés à l'insécurité alimentaire.

"C'est une grande partie de la force de travail d'Haïti qui peut-être affectée par cette situation", estime Martine Raphaël, nutritionniste du PAM en Haïti. Selon elle, une personne se trouvant en situation d'insécurité alimentaire ne fonctionne pas aux meilleurs de ses capacités et cela a un coût économique élevé pour le pays.

Face à cette situation, le programme alimentaire mondial a mis en place une série d'actions permettant de fournir un plat de nourriture chaque jour à plus de 500.000 écoliers, tandis que 100.000 femmes enceintes et allaitantes et 50.000 enfants de moins de 5 ans reçoivent des rations de la part de l'organisation.

Selon le directeur-adjoint du PAM pour sortir de sa situation de pauvreté, Haïti a besoin d'une assistance massive de la communauté internationale pendant une vingtaine d'années.

Haïti fait partie des 16 pays identifiés comme particulièrement vulnérables sur le plan économique dans un récent rapport publié par la FAO, l'agence de l'ONU pour l'Alimentation et l'Agriculture.

vendredi 20 novembre 2009

“La faim n’est pas une fatalité !”

Pour Olivier De Schutter, la faim dans le monde est le résultat d’une politique de sous-investissement dans « l’agriculture familiale ». A travers l’exemple du Brésil, il démontre qu’avec une politique volontariste, la situation peut s’améliorer. Juriste belge et professeur de droit international à l’université catholique de Louvain, Olivier De Schutter est rapporteur pour le droit à l’alimentation à l’ONU depuis mai 2008. Hier, il a accepté de nous répondre.

FRANCE-SOIR. Quels sont les pays les plus touchés par la famine ?
OLIVIER DE SCHUTTER. Aujourd’hui, 1,2 milliard de personnes souffrent de la faim à travers le monde. Les régions les plus touchées sont l’Afrique centrale, l’Amérique latine, avec notamment le Guatemala, et Haïti et l’Asie du Sud, qui compte, rien qu’en Inde, 230 millions de personnes souffrant de la faim. Mais la liste est très longue, une trentaine de pays se trouvent dans une situation de sous-alimentation.

Quels sont les différents facteurs qui rendent certaines régions plus vulnérables que d’autres ?
Tout d’abord, il faut distinguer la famine de l’insécurité alimentaire structurelle (la malnutrition). La famine est ponctuelle, le plus souvent due à des phénomènes météorologiques, comme cela a été le cas en Amérique centrale après le phénomène El Nino. Mais les catastrophes naturelles ne sont pas à elles seules la cause de ce chiffre catastrophique. La malnutrition en est le facteur principal. Elle est liée à des politiques de sous-investissement dans l’agriculture, et plus particulièrement l’agriculture familiale, considérée comme méprisable par l’Aide publique au développement (APD). Aujourd’hui, les conséquences sont dramatiques. Les petits paysans des pays en développement sont les plus touchés, alors qu’ils sont les plus nombreux. Le dumping agricole des pays développés participe également à la destruction des vivrières (NDLR : forme d’agriculture qui consiste à cultiver des produits essentiellement destinés à nourrir la population locale), les petits fermiers étant des centaines de fois moins compétitifs qu’un paysan européen. Autre facteur, la baisse de l’intervention des Etats dans la régulation des prix.

Existe-t-il des pays qui ont réussi à s’en sortir ?
L’exemple le plus remarquable est le Brésil. A son arrivée au pouvoir en 2003, Lula a mis la faim au centre de sa stratégie de développement du pays. Depuis, cette initiative est couronnée de succès. Il y a eu une baisse de 73 % de la malnutrition infantile. Lula soutient l’agriculture familiale en facilitant l’accès au crédit des petits agriculteurs. Il a également élaboré un programme consistant à équiper les villages de citernes. L’accès à l’eau facilité, c’est tout le processus agricole qui est dopé. Le Brésil est la preuve qu’un pays volontariste parvient à s’en sortir.

Une évolution favorable globale est donc possible ?
J’y crois, la faim n’est pas une fatalité ! C’est le résultat d’une politique mal conçue. Le marché mondial demande à ses fournisseurs une production toujours plus rapide. Les petits agriculteurs ne peuvent pas tenir la cadence. Pour reparler de notre exemple du Brésil, on s’aperçoit qu’il ne suffit pas seulement d’augmenter la production, car tous les producteurs ne sont pas en mesure de le faire. Comme on l’entend souvent, le problème n’est pas l’accès aux aliments, mais un manque de revenu. Il faut donc renforcer le pouvoir d’achat des fermiers les plus modestes, dont dépend la majorité des populations des pays en développement.

Propos recueillis par Laura Jaumouillé, le mardi 17 novembre 2009 à 04:00

Le Pape appelle à «éliminer la faim dans le monde»



Benoît XVI (à droite) a rappelé que la communauté internationale avait le «devoir moral» d'agir pour enrayer la malnutrition qui touche désormais un milliard de personnes sur Terre (de dos à gauche, Jacques Diouf, le directeur-général de la FAO). Crédits photo : AP

Malgré le discours alarmiste de nombreux dirigeants, le sommet mondial de Rome pour la sécurité alimentaire n'a pas donné lieu à un accord sur des objectifs chiffrés.

La planète produit «assez pour nourrir tous ses habitants, aujourd'hui comme demain». La communauté internationale a le «devoir moral» d'agir pour mettre fin au spectacle du milliard d'êtres humains (un habitant sur six de la planète) souffrant de la faim et à la croissance «dramatique» de leur nombre (200 millions de plus en cinq ans).

Lundi, devant le Sommet mondial de l'alimentation qui se tient à Rome pendant trois jours, le Pape a lancé un appel vibrant pour «éliminer la faim de ce monde». «Même si la production agricole est faible dans certaines régions (…), elle est globalement suffisante pour satisfaire la demande actuelle comme celle qui est prévue à l'avenir», a déclaré Benoît XVI.

Le Saint-Père a dénoncé «la faiblesse des mécanismes actuels de sécurité alimentaire», l'inadéquation des marchés qui «rend plus vulnérable les pays les plus pauvres», les spéculations sur les denrées alimentaires qui ont doublé les cours des céréales depuis 2007 et les subventions à l'agriculture des pays riches qui «perturbent gravement les marchés». Il a invité à ne pas considérer la faim comme une «fatalité structurelle».

Ce constat, Luiz Inacio Lula da Silva le fait sien. Relevant que les pays riches ont consenti des centaines de milliards de dollars pour sauver leurs banques alors que «moins de la moitié suffirait à éradiquer la malnutrition», le président brésilien a déploré que la faim soit devenue «invisible» : «Beaucoup semblent avoir perdu la capacité de s'indigner.»

Ban Ki-moon a, pour sa part, mis l'accent sur le fait que «17 000 enfants meurent de faim chaque jour, 6 millions en un an» : «Les crises alimentaires d'aujourd'hui constituent une sonnette d'alarme pour demain», a poursuivi le secrétaire général de l'ONU en relevant que la Terre aura 9,1 milliards d'habitants en 2050 (contre 6 milliards aujourd'hui) et devra produire 70 % de vivres en plus. Il s'est dit «encouragé» par la prise de conscience en train de s'opérer : «Les pays ont mis la sécurité alimentaire en tête de leur agenda. Ils se sont engagés à débloquer davantage de ressources financières.» Comme les 20 milliards de dollars pour trois ans promis à l'Afrique lors du G8 de L'Aquila, en juillet dernier.

Les dirigeants du G8 absents

Quant à Hosni Moubarak, il a dénoncé le fait que l'agriculture ne reçoive plus que 5 % de l'aide publique au développement, contre 17 % dans les années 1980, «bien que 70 % de la population du tiers-monde vive à la campagne».

Le leader du Zimbabwe, Robert Mugabe, pourtant interdit de séjour en Europe, a suivi le sommet à la tête d'une délégation de 60 personnes, la FAO lui ayant délivré un sauf-conduit.

En marge du sommet, lors d'un forum de first ladies, Azam al-Sadat Farahi, l'épouse du leader iranien Mahmoud Ahmadinejad, en tchador et lunettes noires, dans son premier discours public, a dénoncé «l'exploitation mercantile des ressources et les politiques de réarmement» comme causes premières de la pauvreté dans le monde.

Le projet de déclaration finale s'abstient de tout engagement chiffré. Il en reste à des termes généraux : «soutenir les gouvernements de manière responsable», «améliorer les coordinations», «veiller à ce que le système multilatéral joue un rôle central». Et s'engage à «éradiquer la faim dans le monde», sans fixer de date butoir pour y parvenir.

Ce cinquième sommet sur la sécurité alimentaire en treize ans suscite l'indignation des ONG qui dénoncent collectivement «l'absence d'engagements concrets». Il a été marqué par la politique de la chaise vide des dirigeants du G8. Seule l'Italie qui accueillait la réunion était représentée par son chef du gouvernement, Silvio Berlusconi, qui, au passage, a échappé à la réouverture d'un procès prévue le même jour à Milan et reporté de ce fait au 18 janvier. Avant même son ouverture, des organisations humanitaires évoquaient à son sujet «une occasion manquée» et ce scepticisme s'est accru avec l'acceptation par les États-Unis et d'autres pays de repousser à 2010, voire au-delà, la conclusion d'un pacte contraignant sur le climat.

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En Corée du Nord, un déficit alimentaire chronique

Sur des charrettes à bras, dans des hottes à dos d'homme ou de femme, dans les bennes de camion et jusque dans un vieil autobus affrété pour l'occasion, les choux et les navets transitent sans relâche à travers la ville pour être entassés sur les balcons ou déchargés en monceaux dans les cours d'immeuble. En Corée du Nord, novembre est la saison du kimchi - condiment à base de choux et de navets fermentés et macérés avec des piments -, symbole de la cuisine locale. Les femmes, accroupies, s'affairent à effeuiller les choux, à peler et à couper les navets, brassés ensuite dans des bassines avec sel, piment et ail avant d'être placés dans des grandes jarres de terre brunes pour l'hiver.

A Pyongyang, vitrine du pays, les marchés sont fournis en denrées alimentaires et en produits de consommation venus de Chine. Soucieux de contrôler une économie de marché qui a fleuri depuis dix ans, le régime réprime ces activités "capitalistes", sans toutefois les étouffer. Mais, en dépit de l'apparente stabilité des conditions de vie dans la capitale, qui doit être nourrie en priorité, la République populaire démocratique de Corée (RPDC) connaît cette année encore une pénurie alimentaire, plus ou moins grave selon les régions, mais dramatique pour les plus isolées, situées dans le centre du pays.

Officiellement, la production de céréales s'élèverait à 5 millions de tonnes - soit 7 % de plus qu'en 2008 -, permettant une alimentation de subsistance aux 23 millions d'habitants, victimes, au milieu des années 1990, d'une dramatique famine (qui fit de 600 000 à 1 million de morts).

Mais les experts agricoles étrangers présents sur place sont sceptiques : en l'absence d'une évaluation indépendante - comme celle réalisée en 2008 par le Programme alimentaire mondial (PAM) et l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), qui concluaient à un déficit de 800 000 tonnes -, ils sont réduits aux conjectures.

En 2008, la RPDC avait bénéficié de facteurs positifs : conditions climatiques favorables et engrais. Cette année, le climat a été moins favorable et la Corée du Sud n'a pas fourni les 300 000 tonnes d'engrais attendues, en raison du raidissement de Séoul, qui exige des progrès sur la question nucléaire pour poursuivre son assistance. En 2009, le déficit alimentaire devrait être comparable à celui de 2008. Mais le tarissement de l'assistance internationale risque d'aggraver la pénurie.

Dès le printemps, le PAM a "tiré la sonnette d'alarme", demandant une aide de 500 millions de dollars (335 millions d'euros) destinée à nourrir un tiers de la population. En novembre, il n'avait reçu que 20 % du montant réclamé. Alors que la Somalie, le Soudan ou le Myanmar (Birmanie) - dont les images à l'étranger ne sont guère positives - bénéficient de l'assistance internationale, la RPDC est si diabolisée que les donateurs se détournent. Bien que les sanctions prises à son encontre, en juin, par le Conseil de sécurité des Nations unies, à la suite de son deuxième essai nucléaire et ses tirs de missiles, n'affectent théoriquement pas l'aide humanitaire, c'est en réalité le cas.

La RPDC se trouve, de fait, sur une liste noire de l'aide humanitaire. Celle-ci arrive, mais avec parcimonie, et la population en est la principale victime. En 2009, l'assistance la plus substantielle provient de la Chine, qui applique les sanctions internationales, mais mène parallèlement une politique destinée à garantir la stabilité du régime, en le maintenant sous perfusion. Depuis quelques mois, Pékin ne publie plus de statistiques sur ses échanges avec la RPDC et l'on ignore le montant de son assistance.

Certains experts étrangers font valoir que la situation alimentaire est préoccupante, mais que l'alarmisme n'est pas de mise : une partie des récoltes (cultures sur les pentes, jardinets) échappe aux statistiques officielles et pallie jusqu'à un certain point la pénurie en alimentant les marchés parallèles.

Dans un pays montagneux où les terres arables sont rares (elles représentent 20 % de la superficie) et les hivers sibériens, l'effort humain consenti par la population est immense. Dans des régions telles que le Pyongan du sud, grenier à riz du pays, le vert tendre des rizières s'étendait cet été à perte de vue, alternant avec les champs de maïs. La moindre parcelle de terre était cultivée : du soja pousse sur les talus des rizières et les plantations s'arrêtaient à la lisière des routes pour grimper à l'assaut des collines. L'animal de trait pallie une mécanisation inexistante ; le repiquage et les moissons se font à la main.

Plus que la quantité de la production agricole, c'est la situation nutritionnelle de la population qui est inquiétante, notamment le manque de protéines. Selon les estimations des Nations unies, la malnutrition touche 23 % des enfants de moins de 5 ans ; un tiers des femmes enceintes sont sous-alimentées (leur poids ne dépassant guère 45 kg) et donnent naissance à des bébés au système immunologique affaibli.

En outre, en raison de l'insuffisance des engrais chimiques, l'agriculture nord-coréenne recourt depuis deux ans aux effluents humains et animaux, avec les risques sanitaires que cela comporte. "Nous assistons à un phénomène cumulatif de sous-alimentation chronique depuis quinze à vingt ans, qui passe d'une génération à l'autre et se traduit par une tragédie au ralenti", estime Torben Due, représentant du PAM à Pyongyang.

La pénurie alimentaire chronique de la RPDC entraîne une détérioration de l'état de santé de la population à laquelle ne peut faire face un système hospitalier aujourd'hui tragiquement dénué de moyens : équipements, désinfectants, anesthésiants, médicaments...
Philippe Pons

USA : Un américain sur sept a souffert de la faim en 2008

Près de 49 millions d'Américains, soit 14,6 pc de la population du pays, ont souffert d'insécurité alimentaire en 2008, rapporte le Département de l'agriculture américain dans un rapport publié lundi.


Selon ce rapport, réalisé par l'Agence américaine de commerce et de développement (USTDA), la prévalence de l'insécurité alimentaire au sein des foyers américains à augmenté de 11,1 pc en 2008.

Le nombre des ménages souffrant d'insécurité alimentaire sévère a presque doublé (+43 pc), passant de 4,7 millions en 2007 à 6,7 millions en 2008, poursuit la même source, notant qu'environ un tiers des ménages, souffrant d'insécurité alimentaire, ont probablement connu la faim.

Près de 17 millions de ménages ont connu une pénurie d'aliments au moins une fois au cours de l'année précédente contre 13 millions en 2007, soit une hausse de 31 pc, ajoute ce rapport, précisant que les ménages afro-américains et hispaniques, les familles monoparentales et les Etats du sud ont été les plus touchés par le phénomène de l'insécurité alimentaire.

MAP

jeudi 12 novembre 2009

Leaders urged to salvage UN World Food Summit as hopes for action on hunger fade

Monday’s UN World Food Summit in Rome (16-18th) could be a waste of time and money unless world leaders intervene now to salvage it. International agencies ActionAid and Oxfam say governments are at risk of throwing away a great chance to stop more than one billion people going hungry.

The current declaration finalized Tuesday night (10th) says little new. Meanwhile, this summer’s G8 pledge of $20 billion to tackle hunger appears to have been grossly overstated. The new money amounts to little more than a one-off payment of around $3 for each hungry person – barely enough for a single hot meal.

“The declaration is just a rehash of old platitudes,” said Francisco Sarmento, ActionAid’s food rights coordinator. “It says hunger will be halved by 2015 but fails to commit any new resources to achieve this or provide any way of holding governments to account through the UN’s Committee on Food Security. Unfortunately the poor cannot eat promises“.

"ActionAid appreciates Pope Benedict XVI’s attendance at the Summit but frankly he needs to pray for a miracle if the G8 can only find $3 billion in new money to solve world hunger,” said Sarmento. “That is less than Goldman Sach’s $3.2 billion profit announced on the eve of World Food Day.

“Currently, many rich countries seem intent on trying to increase food production by simply pushing for more chemical fertilizers and new technologies, particularly in Africa . This could offer some poor farmers short-term relief but it is not the answer to the structural problems behind world hunger, nor is it sustainable. It will simply condemn the developing world to a future of repetitive food crises and more environmental degradation,” said Oxfam spokesperson Frederic Mousseau.

“Instead we need more investment in better policies, institutions, services and training to encourage sustainable farming adapted to local agro-ecological environments. Smallholder farmers, mostly women, are on the frontline in the fight against world poverty, hunger and climate change and we must not continue to ignore them,” said Mousseau.

The summit is also largely ignoring other vulnerable groups, such as landless farmers and the urban poor who are in desperate need of long-term social protection and livelihood support as an alternative to short-term food aid.

“Rich countries are failing to show enough interest and urgency. At the G8 in Italy this summer they pledged $20 billion for agricultural over three years, so they believe they have done enough. They haven’t – and the $20 billion is a mirage. Less than a quarter of this money is new. The UN itself says that $25-$40 billion in public spending is needed each year just to keep up progress towards achieving the first Millennium Development Goal to halve hunger by 2015,” Mousseau said.

The agencies say that developing countries must also play a bigger role in the summit by committing to spend 10% of their agricultural budgets and focus their plans to reach the poor and hungry. Oxfam and ActionAid say, at a minimum, this UN World Food Summit must:

* Endorse and fund a reformed UN Committee on World Food Security as the central high level political platform for food security;
* Increase public support for sustainable production by smallholder farmers and social protection in developing countries to fight poverty and hunger and to build resilience to harmful climate change.
* Agree at least a $40-billion- a-year rescue of the Millennium Development Goal to halve global hunger and turn it into country-specific commitments, with proper plans and resources for food security and rural development focusing particularly on smallholder farmers.

ENDS

samedi 24 octobre 2009

Haïti éradiquera les maladies tropicales négligées grâce aux programmes d’alimentation en eau et d’assainissement financés par la BID et l’Espagne

Haïti éradiquera les maladies tropicales négligées grâce aux programmes d’alimentation en eau et d’assainissement financés par la BID et l’Espagne

Source: Inter-American Development Bank (IDB)

Date: 23 Oct 2009


Les dons accordés financeront des campagnes de lutte contre les maladies causées par les vers intestinaux, à travers l'intégration de l'éducation à l'hygiène et de la prévention des maladies dans les programmes d'amélioration des infrastructures

Les autorités haïtiennes utiliseront les dons accordés la semaine dernière par l'Espagne et la Banque interaméricaine de développement en lançant une initiative intégrée de lutte contre une importante source de maladies.

Une partie des dons servira à financer une campagne d'éradication des vers intestinaux liés à la mauvaise qualité de l'eau et des services d'assainissement. La campagne mettra un accent particulier sur la prévention et le traitement des enfants âgés de 1 à 15 ans et des femmes en âge de procréer.

En Haïti, les vers intestinaux tels que les ascaris, les trichuri et les ankylostomes sont de grands vecteurs de maladies qui causent anémie, retard de croissance et malnutrition, et affectent le développement physique et cognitif. L'un des meilleurs moyens de lutte contre ces maladies incapacitantes est une approche intégrée associant la prévention et le traitement des populations à risque aux investissements dans les infrastructures d'alimentation en eau et d'assainissement.

La campagne aura pour objectifs d'améliorer la santé et de réduire la mortalité maternelle et infantile en encourageant l'adoption durable de comportements hygiéniques comme le lavage des mains avec de l'eau propre et du savon, le dépôt des matières fécales dans des latrines à fosse, ainsi que le traitement de l'eau destinée à la boisson et sa conservation dans des récipients propres. Ces activités seront financées à hauteur de $900 000, prélevés sur le don de $39 millions approuvé conjointement par le Gouvernement espagnol et la BID pour l'expansion et la remise en état des services d'alimentation en eau et d'assainissement en Haïti. (Voir le lien à droite pour plus d'informations).

Les infections causées par les vers intestinaux font partie des maladies tropicales négligées : 13 infections parasitaires et bactériennes font particulièrement des ravages parmi les populations les plus pauvres de la planète. Facilement transmissibles, notamment par la piqûre d'un moustique ou le contact avec de l'eau contaminée, les maladies tropicales négligées entraînent la cécité, handicapent, défigurent et constituent une cause de stigmatisation des personnes défavorisées qui n'ont pas accès à l'eau potable et aux services de santé.

Le projet d'Haïti s'inscrit dans le cadre d'un partenariat entre la BID et le Réseau mondial de lutte contre les maladies tropicales négligées, une initiative du Sabin Vaccine Institute et de l'Organisation panaméricaine de la santé (OPS). Grâce au soutien financier de la Fondation Bill & Melinda Gates, ce partenariat a entrepris le développement d'une approche collaborative et globale de lutte contre les maladies tropicales négligées dans les Amériques.

jeudi 15 octobre 2009

Une personne sur six souffre de la faim


L'humanité vient de battre un bien triste record. Jamais autant d'êtres humains n'ont souffert de la faim dans le monde. Selon un nouveau rapport des Nations unies publié hier, un peu plus d'un milliard de personnes sont sous-alimentées.

Parmi elles, seulement 15 millions se trouvent dans les pays industrialisés de l'Occident qui se débattent depuis plus d'un an avec la crise économique. La quasi-totalité des 1,02 milliard d'affamés du monde, soit 99,75%, vit dans les pays en voie de développement, estime le rapport L'état de l'insécurité alimentaire, rendu public hier à Rome par l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) et le Programme alimentaire mondial (PAM).

«La situation de la faim dans le monde était déjà grave quand les prix de la nourriture étaient raisonnables et que le monde vivait une période de prospérité économique. Mais la crise alimentaire mondiale (2006-2008), suivie de la crise économique, a créé une situation catastrophique», a dit hier à La Presse Dan Gustafson, directeur du bureau de la FAO à Washington.

Des millions de familles qui avaient déployé d'immenses efforts pour survivre à la crise alimentaire et à l'explosion des prix des denrées n'ont pu résister au choc de la crise économique. En 2008 seulement, 100 millions de personnes se sont ajoutées aux victimes de sous-alimentation, ont constaté la FAO et le PAM.

Un des impacts les plus dévastateurs de la crise économique a été de mettre un frein à l'aide internationale. «Des pays comme la Somalie, qui ont fait appel à la communauté internationale pour surmonter la crise, n'ont réussi à obtenir que la moitié de ce qu'ils demandaient», note M. Gustafson.

Le Programme alimentaire mondial, qui avait amassé des sommes records lors de la crise alimentaire, a vu son budget passer de 6 à 3 milliards de dollars entre 2007 et 2008.

Autre impact de la crise économique sur la faim : touchés par le ralentissement économique et les pertes d'emplois, les expatriés - habituellement source de sécurité financière pour des millions de familles dans les pays en voie de développement - ont dû réduire les sommes qu'ils expédiaient dans leur pays d'origine. Ces travailleurs immigrés y envoient de deux à trois fois plus d'argent, au total, que n'en versent les pays occidentaux par le truchement de l'aide internationale.

Afrique fragile

En chiffres absolus, la région de l'Asie et du Pacifique est la plus durement touchée par l'insécurité alimentaire. Près de 642 millions de personnes n'y mangent pas tous les jours à leur faim. En Afrique subsaharienne, ils sont 265 millions dans la même situation. Dans le croissant qui s'étend de l'Afrique du Nord au Proche-Orient, 42 millions de personnes sont sous-alimentées. En Amérique latine et dans les Caraïbes, 53 millions de personnes vont au lit le ventre creux.

«C'est cependant en Afrique subsaharienne que la situation est la plus inquiétante, à cause de la proportion de la population qui est sous-alimentée et de la gravité de cette sous-alimentation», dit M. Gustafson. Plusieurs organismes humanitaires craignent d'ailleurs de voir l'Afrique de l'Est sombrer dans la famine. De plus, 20 des 30 pays considérés comme les plus vulnérables par la FAO et le PAM se trouvent en Afrique.

Solutions à l'horizon?

Les deux instances onusiennes ont publié leur rapport à l'approche de la Journée mondiale de l'alimentation, vendredi, et du Sommet mondial sur la sécurité alimentaire, à la mi-novembre. Déjà, la FAO estime que les pays pauvres auront besoin annuellement d'investissements de 29,5 milliards de dollars dans le secteur de la production alimentaire afin de nourrir la population mondiale, qui devrait passer de 6,8 milliards à 9,1 milliards d'ici à 2050. Ces investissements sont actuellement de 7,9 milliards annuellement.

Laura-Julie Perreault

mercredi 14 octobre 2009

1001 raisons et 1001 façons de se révolter. Impressions suite au Forum Soci al Québécois...


4 jours intenses viennent de s’écouler, sans me laisser le temps et le
loisir de partager à chaud mes impressions sur cette seconde édition du
Forum Social Québécois. C’est donc tout juste au sortir de l’événement que
je vous livre ici en vrac quelques impressions.

Richesse, d’abord, d’une quantité d’ateliers incroyables aussi bien en
termes de diversité, que de qualité.
C’est plus de 300 événements qui se sont effectivement tenus, rassemblant
plus de 4000 participants, avec en général une très bonne qualité
d’interventions, et une participation par atelier ou conférence
généralement limitée qui permettait souvent des débats et des échanges
d’une grande richesse.

Richesse, que j’essaye de vous faire sentir dans les petites chroniques
ci-dessous, de ces quelques journées qui viennent de s’écouler, et qui
m’ont fait voyager un peu partout, du grand nord canadien, aux rives des
grands lacs du Congo, en passant par Gaza, Bamako, le Guatemala, l’Irak,
la Tunisie, les USA, et les quartiers Nord de Montréal…

Richesse des rencontres humaines enfin, impossible à décrire ici dans leur
diversité, leurs espoirs et leurs forces… Pour cela, il faut être présent,
et cela ne tient qu’à vous de rentrer dans la danse… C’est surtout pour ça
qu’on est là, et c’est irremplaçable !

Mais avant de rentrer dans le vif du sujet, quelques mots sur
l’organisation en général. Le travail a été bien fait dans de nombreux
domaines : informations, mobilisation, logistique, même si certains
aspects auraient sans doute pu être améliorés, parmi lesquels je relève :

- les « lieux du forum » : éclatés entre les nombreux bâtiments de
l’Université du Québec à Montréal (UQAM), les 8 étages et les couloirs
tortueux du Cégep du Vieux Montréal (un lycée), et d’autres lieux encore,
difficile de sentir l’unité au sein des participants. Même la « foire » où
l’on rencontre les nombreux stands militants ou commerce équitable, semble
avoir été cachée au public. Il faut pousser au fin fond d’un couloir pour
trouver la salle internet. La marche finale, et le concert sur une place
publique furent les seules activités ouvertes sur la ville, l’ensemble
ayant participé à la création d’un sentiment d’isolement, voir de ghetto
militant…

- la « convergence » : élément essentiel des forums sociaux, cette
préoccupation n’a semble-t-il pas été suffisamment intégrée par les
organisateurs : le programme aurait pu être réduit à 200 événements,
rendant plus naturelle la convergence. L’éclatement en 8 ou 9 axes
thématiques pour les soirées prévues en fin de journée les samedi et
dimanche soir ont donné lieu à un bide presque total. Fatigués, ou pris
dans d’autres activités, ces espaces furent ignorés, ou boudés du public.
Le seul vrai moment de convergence fut la séance finale du lundi matin,
dit « espace des revendications et des appels à l’action collective ».

Je vais maintenant essayer de me souvenir, et de parcourir brièvement les
activités phares auxquelles j’ai eu le loisir de participer :

Jeudi. Le forum a commencé par sa soirée d’ouverture, jeudi soir, à la fin
du Conseil International, et j’étais déjà sur les rotules. Jean-François
Lessard, un chanteur enragé au talent immense, m’a réveillé le temps de sa
prestation. Celui qui a fini de me mettre en rage, c’est Taoufik,
coordinateur du secrétariat du Forum Social Africain qui monte sur scène
annoncer la tenue du Forum Social Mondial à Dakar 2011. Si peu ici savent
la réalité du mouvement social africain, qu’il peut se permettre son
baratin. C’est donc sans attendre la fin que je suis rentré dormir, et
préparer le marathon qui s’annonçait les jours suivants.

Vendredi. Après un sommeil réparateur, j’anticipe le début du forum en
allant visiter en compagnie d’Alain Deneault le local de leur collectif «
Ressources d’Afrique ». On y trouve une invitation à un déjeuner-débat,
sans aucun en lien avec le forum social, organisé par l’UQAM, autour de la
question de la « gouvernance minière au Congo ». La conférencière,
chercheure au Grama, vient de défendre sa thèse sur le sujet, où elle a
obtenu la note de 18 et la mention excellent. Je m’attendais à une
révolution. Elle n’a rien dit, elle n’avait rien à dire. C’est ce qu’on
lui demandait. Quel talent. Je l’ai un peu taquiné : comment pouvait-elle
limiter son sujet d’étude à la seule « gouvernance du Congo », quand elle
annonçait d’emblée l’absence de souveraineté d’un état ravagé par la
guerre et soumis aux diktats extérieurs ? Comment ne pas s’interroger sur
les acteurs réels de cette souveraineté, qu’elle n’avait pas besoin de
chercher bien loin ? Réduire les systèmes parallèles illégaux aux petits
fonctionnaires et trafiquants sans déceler le rôle fondamental des
multinationales, de la bourse de Toronto, de la Banque Mondiale et du FMI.
Heureusement, le forum allait commencer, et j’allais avoir le loisir
d’écouter des choses plus sensées. L’université a du souci, vraiment.

Tourisme Solidaire.
Je commence soft avec un atelier sur l’alter-tourisme. J’en apprends plus
sur les peuples autochtones du Canada, que sur le tourisme solidaire, mais
j’en retiens tout de même quelques idées : cette forme de tourisme peut
contribuer à redonner du pouvoir à des populations qui en sont privées,
entre autres avec la création d’emplois de qualité. Le tourisme solidaire
n’est pas tant un produit, qu’une relation à créer. Je me débarrasse au
passage d’un doute : l’absence d’implication dans un projet de tourisme
solidaire peut créer autant de troubles, si ce n’est plus, que
l’implication dans un projet de ce type. Je suis intéressé à continuer la
réflexion sur le sujet, si vous avez des pistes, des idées, je suis
preneur.

Jardins sur les toits à Bamako.
C’est les copains d’Alternatives Internationales qui se proposent de
partager leurs expériences dans le domaine des échanges autour de
l’agriculture en milieu urbain. Quelques jeunes stagiaires reviennent de
Bamako, où elles ont contribués à créer, sur le toit de la radio Kayira,
un jardin urbain. Sympa, mais rien de bien révolutionnaire, je m’en vais
voir ailleurs. C’est l’heure aussi d’aller remplir ma mission de bénévole.

Bénévolat ?
J’aime m’impliquer dans ce genre de forum, en tant que bénévole, non pas
seulement pour contribuer, mais plus pour accéder et échanger aux
organisateurs, aux autres bénévoles, et mieux comprendre les logiques qui
sous-tendent leurs travaux. On me confie une mission informatique de base,
tout en me faisant comprendre que la mission était déjà remplie à 95% et
que je ne serais pas vraiment utile en fait. Je propose alors de
réorienter ma « mission » sur la rédaction de comptes-rendus, proposition
acceptée. Je redeviens donc libre de me balader et de participer aux
ateliers du forum. La plupart des bénévoles sont de jeunes étudiants
engagés, il règne une ambiance chaleureuse, et on sent partout leur
efficacité, leur présence, et leur disponibilité. Chapeau à tous !

« Leur crise »
La soirée avance, et je me rends au café « L’Absinthe » pour le lancement
des nouveaux cahiers du socialisme, un recueil de textes autour de « Leur
crise ! ». Discours engagés, enflammés, retrouvailles avec Elodie, de la
maison d’édition Ecosociété, quelques échanges sympas, un peu de musique
et beaucoup d’alcool. Le mot de passe, le mot-clé : « Vive la révolution !
», mais je me sens étonnamment seul dans ce zinc, et mal à l’aise
finalement. Moment de fatigue ? Absence de repos et de repas ? J’apprécie
tout de même à nouveau, cette fois en solo, la superbe prestation de
Jean-François Lessard : va vraiment falloir que je me procure son album
avant la fin de mon séjour ici…

Mobilisations, révoltes et répressions à Gafsa en Tunisie.
Je finis la soirée en compagnie d’un camarade croisé maintes fois à Paris
: Mouhieddine Cherbib, président de la Fédération des Tunisiens des Deux
Rives, animateur de nombreux mouvements en France et au Maghreb. C’est le
lancement du film « Leila Khaled la tunisienne » qui revient sur la grande
mobilisation du bassin minier en Tunisie, autour de Redeyef. Salle comble,
environ 50 personnes, et débat intéressant, sauf lorsque quelques
tunisiens libéraux nient le caractère dictatorial du régime de Ben Ali, et
essaye de plomber le débat. Mais la tentative de sabotage est bien
contrôlée, et la soirée s’achève dans la bonne humeur…


Samedi. Troisième jour. Un petit café dans un troquet non loin de chez
Alain, un bus, un métro, quelques minutes dans le froid qui est bien tombé
ce matin, et j’arrive non loin des lieux du forum. Je porte un bonnet noir
enfoncé sur ma tête, une écharpe, et un gros gilet un peu pourrave,
lorsque j’essaye de demander ma route à un groupe d’étudiantes, qui me
bloque net d’un signe de la main qui veut dire stop. Je ne me démonte pas,
et leur explique d’en dépit de mon allure de vagabond, je ne leur demande
pas l’aumône, mais simplement mon chemin. Les trois étudiantes sont «
désolés au carré », – c’est leur expression – elles m’indiquent ma route
en essayant, honteuses, de se justifier : « Tu comprends, ici, on est
sollicité 100 fois par jour… » Je comprends, mesdemoiselles, je comprends.
Vous êtes ce que vous êtes. Assumez. Bref, je me suis levé bien trop tard
pour assister au premier atelier qui m’intéresse ce matin autour d’un
projet d’observation électorale au Salvador au début 2009. La mise en
contact avec leurs promoteurs a tout de même pu se faire, et le collectif
« élections Afrique, mascarades » mis en place à Paris, devrait bénéficier
de cette expérience.

Quartiers populaires, racisme ordinaire, et violences policières.
Je cherche à me rendre à un atelier bilan autour d’un genre de Forum
Social des Quartiers Populaires tenus dans les quartiers nord de Montréal
: « Hoodstock », organisé un an après l’assassinat de Fredy Villanueva,
entre les mains de la Police de Montréal. L’événement a été déplacé au
lendemain, mais l’on me raconte une anecdote saisissante sur la
stigmatisation qui s’opère comme chez nous en France vis à vis des
quartiers périphériques :
Les journaux locaux pour unique couverture du forum, lors duquel se
tinrent une série d’activités toutes plus riches les unes que les autres,
ne trouvèrent rien d’autre à dire que : « Il n’y a pas eu de violences !
», pour faire suite aux annonces, nombreuses, de la part de cette presse
de merde, qui prévoyait une explosion de violence à cette occasion !

S’attaquer au capitalisme !
Un peu déçu, je me rabats donc sur un atelier, totalement bondé, près de
100 personnes s’entassant dans une petite salle de classe. Je prends le
débat en cours, il s’intitule : « S’attaquer au capitalisme ou l’aménager
: le capitalisme est-il humanisable ? ». C’est un poil barbant, mais je
retiens une idée d’Engels qui stipulait deux ans après la mort de Marx :
L’important, c’est la mise en mouvement des ouvriers vers l’action
politique indépendante, sur n’importe quelle revendication ! Le Forum
Social Mondial serait sans doute d’accord avec ça, et moi aussi je crois.
L’autre idée : « Le capitalisme n’est pas puissant tout le temps et
partout. » à méditer, non ?

Food not bombs et informatique à libérer.
J’avale un sandwich issu de bouffe récupéré, au paté végétal et aux
pommes, c’est pas mauvais et c’est prix libre.
Ensuite, un tour sur le net, mais je ne vois que des machines sous
Windows, sans doute une contrainte lié au laboratoire. Je suis seul dans
ce grand espace composé d’une centaine de machines. Tout le monde a son
propre portable et se connecte en wifi directement dans les salles
d’ateliers. J’ai une pensée pour Lomé, et l’étrange rencontre qui s’est
tenu sans Internet, sans salle informatique. C’est triste une telle
inégalité.

Art et engagement politique.
Pas le temps de rêvasser, j’ai envie de suivre un atelier organisé par
Ecosociété autour de l’art et de l’engagement politique. J’en retiens la
présentation de France Théoret, auteure féministe, qui évoque « un art qui
prend position », elle parle de son engagement « en faveur de la liberté
artistique, contre l’idéologie ». Elle se réjouit d’un mouvement féministe
qui a gagné de belles batailles, ouverts et conquis, par la lutte de
nouveaux droits, un mouvement sans chef de fil, sans hiérarchie. Elle
fustige et démonte, avec rigueur et talent « les discours ambiants contre
l’engagement politique. » Hyper motivant !

« La convergence troublante du privilège, de l’activisme et des voyages.»
Hélas, au même moment se tient un autre atelier donc l’intitulé,
ci-dessus, a retenu toute mon attention.
Un douzaine de personnes, essentiellement des femmes, échangent à bâtons
rompus. J’écoute un peu, et rapidement brûle d’intervenir, de partager mon
témoignage, mon expérience. Si rares sont les espaces où l’on peut
échanger collectivement sur ce type de sujets. On évoque les paradoxes et
les contradictions d’un engagement politique dans les « pays du Sud »
lorsqu’on est un « petit blanc » qui essaye de participer, en commun, à la
construction d’un autre monde. On parle de racisme, de prise de
conscience, de limites, de dérives, de dangers et de réponses
personnelles, de stratégies. C’est franchement passionnant, mais il manque
tout de même la présence de « ceux du Sud » pour nous renvoyer notre image
en miroir. Un échange à poursuivre et développer, sans aucun doute !

Comment réagir à Noir Canada ?
C’est le thème de cet atelier, animé aux côtés d’Alain et de Me Jean-Moïse
Djoli, président de l’Association des juristes congolais au Canada, qui
tente de mener une plainte contre une multinationale canadienne Anvil. On
parle interdisciplinarité des approches, on liste les pistes d’actions
possibles, et la salle se lance dans des témoignages tous plus
bouleversants les uns que les autres, tel cet autre congolais qui raconte
son parcours personnel : la guerre, les assassinats, la fuite, les camps
de réfugiés, la réinstallation au Canada, et les questions qu’on lui pose
souvent ici : « Pourquoi venez-vous ici ? Est-ce pour profiter du système
? ». Ceux qui se mobilisent déjà témoignent, les autres promettent de
rejoindre le mouvement, c’est extrêmement motivant et rompt avec une forme
de pessimisme ambiant qu’on peut croiser à Paris dans ce genre de
conférences. Au Canada, ce bouquin a provoqué quelque chose d’unique, de
nouveau et on assiste à la naissance d’un mouvement inédit dont la portée
nous échappe aujourd’hui…

Gaza, on n’oublie pas !
Les soirées de convergences sont annulées, et je participe donc à une
soirée de solidarité avec la Palestine, autour du thème
Boycott-Désinvestissement-Sanctions, qui conclue une journée mondiale
d’action sur le même slogan.
Pièce de théâtre magnifique, cinémas, et concerts s’enchaînent, devant un
public nombreux et métissés (plus de 300 personnes). Je me prends à
danser, comme un pied, je vous rassure, porté par la fatigue, défiant ce
public mort qui manque de s’endormir, quand pourtant 3 musiciens essayent
de nous ramener à la vie avec leur musique tzigane. En sortant, je ne sais
comment, je me retrouve dans un bar branché de Montréal, l’ennui me
submerge, la musique techno me casse la tête, l’absence de mots (malgré
l’ivresse de la journée) me dévore : je fuis sans un adieu, et retraverse
la ville à pied, retrouver un peu de sommeil et de paix…

Dimanche. Et de quatre ! Le réveil est de plus en plus dur, je tourne sur
les stands, à la recherche d’un bon café. Le second me voit enfin à peu
près en état de bosser. Je commence à suivre un atelier autour du
dynamisme de la société civile en Afrique de l’Ouest. Seules 10
participantes sont présentes, mais la présentation de la première
intervenante, qui revient d’un stage auprès du Mouvement Burkinabé pour
les Droits Humains et des Peuples est saisissant. Elle raconte la boutique
de droits, les succès et les difficultés d’un tel mouvement au Burkina
Faso. Bien que familier du mouvement, j’apprends des petites choses, mais
je n’ai pas la patience d’attendre le temps du débat, et m’en vais
rejoindre un autre atelier sur un thème bien proche, organisé par Alain et
William, autour du cas de l’exploitation de l’or à Sadiola, au Mali. Je
m’improvise porte-parole de Camille de Vitry, la réalisatrice du film
projetée, qui glace les participants (nombreux, la salle est pleine). Je
redécouvre le talent et le courage de Camille pour réaliser cette enquête,
j’en ressens la portée, profondément. Le débat est élargi à la
mobilisation générale, aux rôles des diasporas, et j’y évoque l’OREZ qui
essaye de fédérer les résistances.

J’avale un sandwich au soleil et cause avec deux communistes de la
révolution à Cuba et au Vénézuéla, avant de devoir décider entres les 6
ateliers passionnants qui se déroule au même moment à 14h ce dimanche
après-midi.


Faute de choisir, je vogue de l’un à l’autre, n’appréciant que rarement la
substance du débat, mais percevant l’ambiance générale qui se dégage de
tous ces travaux : « Les gauches en Amérique », « Crise du capitalisme :
repenser le développement et l’infléchir vers l’autocentrage progressiste
» animé par l’ami Aziz S. Fall du GRILA, qu’on avait déjà reçu à Paris.
Riche et enthousiasmant ! Je finis l’après-midi entre la grande conférence
sur le thème « La survie de l’humanité » autour d’Albert Jacquard et
d’autres grandes personnalités internationales. Passionnant, inquiétant,
magnifique, déprimant aussi… L’atelier pratique d’organisation d’un
tribunal des peuples sur l’industrie minière du Canada me remonte un peu
le moral, mais c’est ce diner Hamburger-Frites à « La Paryse », le
meilleur restaurant fast-food de la ville, qui fait juste face au CEGEP
qui finit de me redonner la patate !

Je rate tout de même 4 ateliers qui m’intéressaient vraiment : j’ai pas
suffisamment de « réseaux » à Montréal pour qu’on se partage le boulot et
les comptes-rendus, comme j’arrive souvent à le faire en Afrique.

La soirée de convergence du dimanche soir est aussi un semi-échec, la
plupart des réunions ne se tiennent pas. Les autres sont déjà trop
entamés, et je comate sur un canapé, ne sachant plus trop ou je suis ni
pourquoi. Au radar, mes jambes me ramènent à la maison, où la fatigue
m’emporte en quelques secondes…

Lundi matin. 5ème et dernier jour au FSQ.
Ce sont des nuits dans rêves, mais les réveils sont toujours féconds :
directs, soudains, les idées se bousculent dans ma tête. Je tends le bras
hors du lit, attrape un cahier, un crayon, et griffonne quelques idées qui
me serviront pour plus tard. Il est souvent 6h du matin – décalage horaire
oblige – et pas la peine de compter se rendormir après ça. 4h de sommeil
par nuit, c’est pas humain, mais l’adrénaline va encore me porter une
dernière journée…

Ce matin se forme « l’espace des revendications et des appels à l’action
collective ». En vérité, en dehors de rares interventions, chacun répéta
sa « petite » préoccupation ou passion personnelle, le tout s’apparentant
encore à un listing fastidieux des initiatives à rejoindre, plutôt que
d’adresser des préoccupations plus stratégiques…

Ce moment de partage se conclue tout de même sur un sympathique chant
mi-burlesque, mi-sérieux nous invitant à nous mettre « en marche », ce qui
fût fait aussitôt par les quelques 150 participants à cet échange,
rapidement rejoints par d’autres… Le cortège fit un paisible tour du
quartier quasiment désert en cette journée de thanks giving : ni actions,
ni slogans choc ne firent trembler les puissants, ce qui m’inspira dans un
moment de folie désespoir, un étonnant slogan : « Silence ! Silence ! Nous
marchons en silence ! » diversement apprécié par mes voisins de
manifestation…

De retour de la marche, un concert et des prises de paroles concluent ce
forum social, tandis que nous sommes un petit groupe à se réunir, avec
Samir d’Attac Togo, et des organisateurs du FSQ, dans un café coopératif
de la place. On continue la lutte, en mangeant, buvant, et se promettant
de se retrouver lors du Forum Social Mondial de Dakar en janvier 2011.
C’était un beau forum, et tous sortons grandis de cette aventure partagée…
jusqu'à la prochaine fois…

En soirée, invité chez des amis à dîner, j’apprends que la politique
d’expulsion des étrangers sans-papiers mené par le Canada est bien
similaire à celle que la France pratique. Mêmes résistances de ce côte de
l’Atlantique, mêmes silences de la majorité des bons citoyens, et des
esclaves-consentants, et la rage me gagne à nouveau.

Tout ça là, jusqu’à quand ?

Zoul
zoul@no-log.org
http://www.zoulstory.com

Produire plus et nourrir mieux, le nouveau défi agricole


La Journée mondiale de l'alimentation se tient vendredi, alors que, en 2009, plus d'un milliard de personnes sont encore victimes de la faim. Les causes structurelles des "émeutes de la faim" de 2008 n'ont pas disparu. La crise a réveillé l'une des craintes les plus anciennes de l'homme : pourra-t-on nourrir tout le monde demain ? L'intensification écologique de la production agricole est un nouveau défi pour la recherche.

Il y a plus d'un an, la crise des prix et les "émeutes de la faim" ont conduit à rappeler à tous l'effroyable nombre des personnes sous-nourries : plus d'un milliard aujourd'hui. Depuis, les prix sont retombés des sommets fous qu'ils avaient atteints. La souffrance des pauvres est redevenue silencieuse.

Si d'autres flambées des prix ont eu lieu par le passé, celle de 2008 est pourtant nouvelle. D'abord, c'est la première crise mondiale qui intervient après deux décennies de libéralisation économique. La globalisation des échanges devait permettre de mutualiser les risques, d'assurer plus de sécurité alimentaire. Or, bien que l'on n'ait pas observé de franc déficit de la production agricole, les prix ont quand même flambé.

Aujourd'hui encore, le faible niveau des stocks mondiaux et l'absence de régulations des marchés financiers font craindre de nouvelles crises dans l'avenir. Ensuite, la multiplication des émeutes urbaines, une trentaine en moins d'un mois, a révélé l'effet de la globalisation de l'information, favorisant la contagion des révoltes. Ce qui s'est passé en Haïti a été vu quasiment instantanément dans le reste du monde. La crise de 2008 a donc signé le début d'une ère de plus grande instabilité : économique, politique, de même que climatique. Un premier défi est de parvenir à gérer ces instabilités, à en limiter l'intensité et les effets de paupérisation.

La crise de 2008 a également réveillé l'une des craintes les plus anciennes de l'homme : pourra-t-on nourrir tout le monde demain ? On sait, depuis Malthus, que la population s'accroît plus vite que la production agricole. Les changements alimentaires liés au développement économique et à l'urbanisation accélèrent ce décalage.

Dans ce contexte, la question agri­cole redevient stratégique. La prospective Agrimonde, menée par le Cirad et l'Inra, vise à tester plusieurs scénarios d'évolution de la consommation et de la production à l'horizon 2050. Son intérêt n'est pas de lancer des cris d'alarme en brandissant les courbes malthusiennes. Il s'agit plutôt de construire des scénarios possibles, pour faire face à l'augmentation de la demande sans détruire l'environnement. Laisser les tendances se poursuivre, telle une fuite en avant, mène vers une impasse très probable. Réduire les disparités mondiales de consommation apparaît l'une des conditions pour que l'augmentation nécessaire de la production ne se fasse pas au détriment des générations futures. Non seulement il faudra trouver des solutions qui combinent production et environnement, mais encore faut-il y ajouter une contrainte désormais forte : celle de pouvoir résister aux chocs, aux instabilités, en particulier climatiques. Pour la recherche, ce défi de l'intensification écologique dans un monde instable constitue une révolution scientifique.

Mais produire plus et mieux devra tenir compte de l'enjeu de l'emploi. Dans les pays d'Afrique ou d'Asie, où vit encore la grande majorité de la population sous-nourrie, le secteur agricole reste le principal pourvoyeur de revenus. Or, d'après les tendances démographiques, on estime qu'il est nécessaire dans ces pays de créer environ 30.000 emplois par an et par million d'habitants pour sortir de la pauvreté. Les villes seules ne pourront fournir aux jeunes qui quittent leurs villages des emplois à un rythme suffisant. Il faut donc investir dans le développement rural et renforcer les capacités de résilience des plus vulnérables.

Par ailleurs, la ruée sur les terres et les projets de grandes plantations industrielles à main-d'œuvre salariale font craindre une accélération de la fonte de l'emploi rural. Ces changements structurels doivent être évalués sans a priori idéologique. Il faut se doter d'outils d'analyse pour mesurer les performances environnementale et sociale de ces nouveaux systèmes, et leur capacité de résistance dans un environnement plus instable.

Eliminer la faim dans le monde concerne donc bien l'agriculture, dans toutes ses dimensions, mais aussi de nombreux autres secteurs de la société. En juin 2008, au dernier sommet sur la sécurité alimentaire mondiale à Rome, la France a proposé une gouvernance mondiale de la sécurité alimentaire. Celle-ci doit être fondée sur une alliance multisectorielle, incluant l'agriculture, l'alimentation, l'emploi, le commerce, la santé, l'environnement et la recherche. Mais pour que ces secteurs s'allient à cet objectif, il faut se doter d'outils pour que chacun s'impose d'évaluer les effets de ses actions sur la sécurité alimentaire. C'est une condition absolument nécessaire pour ne pas rester dans les déclarations d'intentions.

Gérard Matheron, directeur général du Cirad (institut français de recherche agronomique au service du développement des pays du Sud et de l'outre-mer français)

vendredi 9 octobre 2009

Les coûts liés à la scolarisation constituent une source d'insécurité alimentaire

- Les coûts liés à la scolarisation des enfants dans ménages pauvres constituent une source d'insécurité alimentaire. D'une part, les ménages en insécurité alimentaire, en particulier les plus pauvres, font partie en général des ménages à faibles niveaux d'éducation, donc à faibles niveaux de revenus (voir les résultats de l'Analyse Compréhensive de la Sécurité Alimentaire et de la Vulnérabilité de PAM/CNSA de 2007).

- D'autre part, selon la récente étude sur la sécurité alimentaire et les modes de vies dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince (FEWS NET/CNSA, Juin 2009), les ménages très pauvres ne consomment que 1995 kilocalories par personne et par jour, soit 95 pour cent du minimum requis (2100). Aussi, pour ces ménages, l'éducation représente la deuxième plus grande source des dépenses après les aliments. De ce fait, à chaque fois qu'un ménage très pauvre dans les bidonvilles de l'aire métropolitaine de Port-au-Prince décide d'envoyer ses enfants à l'école, il doit dépenser sept pour cent de ses revenus, proportion qui aurait pu améliorer sa ration alimentaire quotidienne. En outre, s'il devait garantir à ses enfants la même qualité d'éducation que le ménage mieux loti de ces mêmes bidonvilles, il devrait réduire de plus de 60 pour cent sa consommation alimentaire. D'où le dilemme du ménage très pauvre: faut-il éduquer les enfants ou augmenter/améliorer l'alimentation du ménage?

dimanche 4 octobre 2009

Haiti : les victimes d'insécurité alimentaire

Le nombre de personnes victimes d'insécurité alimentaire en Haiti est passé de 2.4 millions en 2008 à 1.9 million en 2009, a annoncé le Bureau de la représentation de la FAO en Haïti dans un communiqué.

Selon ces nouveaux chiffres, Haiti représente 1.8 % du taux global du nombre de personnes victimes d'insécurité alimentaire dans le monde qui s'élève aujourd'hui à 105 millions. En 2009, on compte 1.02 milliard de personnes souffrant de la faim à travers le monde. Selon ce rapport, presque un sixième de l'humanité est victime de sous-alimentation.

Quant à Haiti, « Cette réduction de l'insécurité alimentaire est d'autant plus remarquable que le pays a par ailleurs subi les effets dévastateurs de quatre ouragans successifs au cours de la saison cyclonique 2008 », lit-on dans le communiqué.

Ainsi, poursuit le texte, il est donc prouvé même en temps de crise, qu'il est possible de soustraire les personnes les plus vulnérables aux pires effets de la faim et de la malnutrition. D'où le thème choisi cette année pour commémorer la journée mondiale de l'alimentation (16 octobre) et la semaine mondiale de l'alimentation (12 au 16 octobre) : « Atteindre la sécurité alimentaire en temps de crise ».

Pour protéger les plus vulnerables, le Fonds alimentaire mondial (FAO) recommande aux Gouvernements de déployer auprès de ces gens leurs filets de sécurité sociale; les programmes sociaux en faveurs de ceux qui ont faim doivent être soigneusement adaptés aux circonstances; les programmes de protection sociale fondés sur les activités productives doivent être renforcés et enfin les programmes alimentaires devraient s'efforcer de maintenir et d'améliorer la diversité du régime alimentaire pour les enfants et autres groupes vulnérables.

Investir dans l'agriculture est tout aussi important dans la lutte pour la réduction du nombre de personnes souffrant de la faim. En effet, selon les estimations de la FAO, l'agriculture des pays pauvres a besoin d'investissements de 30 milliards de dollar par an sous forme d'aide aux agriculteurs. Ce niveau d'investissement est nécessaire pour atteindre l'objectif du Sommet mondial de l'alimentation en 1996 à savoir « Réduire de moitie le nombre de personnes souffrant de la faim d'ici 2015 ».

En dernier lieu, la FAO appelle les gouvernements et les citoyens à travailler ensemble pour que la faim soit reconnue comme un problème critique à résoudre.

vendredi 2 octobre 2009

Au Guatemala, la sécheresse et la famine tuent en silence

Le président Colom a déclaré l’état d’urgence nationale après la mort de 500 personnes, dont 54 enfants. Le pays affronte la pire sécheresse depuis trente ans

Cette année au Guatemala, ce ne sont pas les ouragans et les pluies diluviennes qui ont détruit les récoltes, mais le soleil et la chaleur, un effet meurtrier du Niño, ce courant chaud qui court le long des côtes pacifiques. La sécheresse touche l’ensemble du Guatemala mais, dans sept départements, 90 % des cultures de maïs et de haricots noirs ont séché sur pied.

Le manque d’eau affecte les communautés indiennes et paysannes qui vivent dans ce que l’on appelle le « couloir sec » qui s’étend le long de la frontière Nord du pays et qui descend pratiquement jusqu’à la capitale, englobant la région du Quiché, où habite le peuple indien du même nom. Le ministre de la santé a déclaré que 462 personnes dont 54 enfants sont mortes de faim et que 120 000 familles se trouvent en situation critique.

La crise a obligé le président du Guatemala, Alvaro Colom, à déclarer l’état d’urgence nationale pour permettre au gouvernement d’acheter des aliments en évitant les arcanes bureaucratiques de l’appel d’offres. Les finances guatémaltèques sont au plus mal, et Alvaro Colom a dû lancer un appel à la communauté internationale pour obtenir 100 millions de dollars (68 millions d’euros).

L’Europe a promis 15 millions d’euros. Olivier Schutter, le responsable du Programme alimentaire mondial de l’ONU, est très inquiet car l’organisme d’aide alimentaire est en train de distribuer les dernières tonnes de galettes nutritives qui lui restent. Ses critiques visent le gouvernement d’Alvaro Colom mais surtout le Congrès qui fait obstacle aux réformes dont le Guatemala aurait besoin pour affronter les crises alimentaires. Contrairement aux promesses, les autorités n’ont pas augmenté les capacités productives du pays qui ne dispose pas de réserves stratégiques de céréales.
7 millions d'habitants souffrent de carences alimentaires

Un Guatémaltèque sur deux (52 %), soit environ 7 millions d’habitants, souffre de carences alimentaires. Cette population, majoritairement indigène, se nourrit de maïs et de haricots noirs, mais ne mange pratiquement pas d’œufs ni de viande.

Le déficit en protéine est tel que 49 % des enfants de moins de 5 ans sont aussi dénutris qu’à Haïti, le pays le plus pauvre d’Amérique. Pour attaquer le problème de la pauvreté, Alvaro Colom, le premier président progressiste du Guatemala en 50 ans, a lancé le programme « Mi familia progresa » (Ma famille progresse) qui fournit une allocation familiale de 38 dollars (26 €) par mois aux mères qui envoient leurs enfants à l’école, mais cette somme est loin d’être suffisante pour enrayer la dénutrition.

Les communautés catholiques et évangéliques se sont associées pour faire un front contre la famine et faire parvenir nourritures et médicaments aux hôpitaux des régions les plus touchées par la sécheresse. La FAO, agence des Nations unies pour l’agriculture et l’alimentation, a commencé un travail de fond avec 90 000 familles du « couloir sec » pour améliorer les cultures, récupérer sources et rivières et construire des réservoirs d’eau « afin d’éviter que la famine ne se nourrisse de la vie des plus pauvres ».

La crise économique mondiale, le prix élevé des aliments et la chute des envois d’argent des travailleurs émigrés aggravent considérablement la situation. Cette catastrophe met en relief les terribles inégalités sociales du pays. La réforme agraire que voulait mettre en œuvre le président Jacobo Arbentz, renversé par les militaires en 1954, est sans cesse repoussée par la poignée de grands propriétaires qui possèdent 65 % des terres irriguées du Guatemala.

La croix>22/09/2009

Patrice GOUY, à Mexico

23 millions de personnes menacées par la disette en Afrique de l'Est

Plus de 23 millions de personnes sont menacées par la disette et la pauvreté en Afrique de l'Est, touchée par la crise la plus grave depuis une décennie, a averti l'organisation humanitaire Oxfam qui lance un appel de fonds pour quelque 10 millions d'euros.

Une vague de sécheresse qui sévit depuis cinq ans dans sept pays africains est la cause de grandes souffrances exacerbées par le niveau élevé des prix alimentaires et les conflits armés, a souligné Oxfam dans un communiqué.

«Les pluies sont de plus en plus imprévisibles et rares en Afrique de l'Est tandis que les saisons des pluies se raccourcissent à cause de l'influence grandissante du changement climatique», a souligné le directeur régional d'Oxfam, Paul Smith Lomas.

3,8 millions de Kenyans - un dixième de la population - a besoin d'une aide d'urgence après la pire sécheresse depuis une décennie et un bond des prix alimentaires qui sont 180% plus élevés que leur niveau moyen, selon l'organisation.

En Ethiopie, 13,7 millions de personnes risquent la famine, et deux millions de personnes ont besoin de secours en Ouganda. La Somalie, en prise aux conflits armés, fait face à la crise humanitaire la plus grave depuis 1991 avec 3,8 millions de personnes affectées.

Au début du mois, la fédération internationale de la Croix rouge et ses organisation affiliées avaient lancé un appel urgent pour venir en aide à quelque 10 millions de Kenyans touchés par la sécheresse.

(Source AFP)

lundi 21 septembre 2009

Etrangerencontre-infos



Edition Parisienne - Jeunesse d’ici et d’ailleurs, même crise, même combat ! Ce soir sur Radio Fréquences Paris Plurielle et Jeudi à Paris...

Cet été, à Lomé, au Togo, petit pays du pré-carré français en Afrique, laboratoire de la Françafrique, s'est tenu une sorte de forum social de la jeunesse pas comme les autres.

Réunissant pendant une semaine plus de 500 jeunes, venus de 14 pays d'Europe et d'Afrique, une des particularités de ce forum est de n'avoir reçu aucun financement externe.

Avec un budget de seulement 1600 euros, 500 jeunes se sont réunis, en autofinancement donc, pour proposer des alternatives, échanger leurs expériences de luttes
dans leurs pays respectifs et faire tomber un certain nombre de barrières qui sévissent habituellement dans les rapports entre européens et africains.



Consommation des plats locaux, accueil chez les habitants d'un quartier populaire de Lomé, qui accueillait d'ailleurs la rencontre sur une de ses nombreuses places publiques, débats en langues nationales, et traduites en français. Tout au long du forum, préparé à distance, par Internet, tout au long de l'année, se sont tenus des formations aux Nouvelles Technologies de l'Information et de la Communication : ateliers vidéos, photos, radios, journaux, formations, etc...

De nombreuses activités culturelles (théâtres, concerts, etc...) venaient enrichir les débats politiques, et toutes nos réflexions autour des formes existantes de luttes, et à développer pour une meilleure organisation de la jeunesse consciente...

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Quelle est donc cette jeunesse qui rejette les Objectifs du Millénaire pour le Développement ?
Qui appelle à la libération d'un camarade nigérien emprisonné, car il défend la démocratie dans son pays !
Qui interpelle les jeunes du monde entier sur leurs responsabilités, plutôt que de s'adresser aux gouvernants ?

En attendant l'édition de l'été 2010 qui se tiendra, si la situation politique et militaire le permet, en Guinée Conakry,
nous vous proposons deux occasions de faire connaissance, ou de mieux connaitre l'étrange rencontre :

- Aujourd'hui, lundi 21 septembre, à partir de 17h30 sur internet, en direct de l'émission Paris Françafrique, sur http://www.rfpp.net
à écouter aussi en FM en région parisienne sur 106.3

- Jeudi 24 septembre, à partir de 19h*, à la Maison des Associations du 3ème, lors d'un jeudi africain de l'association Survie Paris...
(Métro Temple ou République - 5 rue pérée - Paris 3e)


*La soirée commencera par deux petits films sur les précédentes émissions de l'étrange rencontre, et sera suivi d'un débat avec le public et de nombreux participants à l'étrange rencontre...

lundi 14 septembre 2009

Hortefeux démission

Tu es jeune ou tu es vieux, tu es un homme ou une femme, tu veux assainir le paysage politique français, fais un geste de salubrité pour ton pays, signe la pétition et n'oublie pas de la faire signer par ta famille.

PETITION

lundi 7 septembre 2009

«Il faut relever le défi de la sécurité alimentaire»


Ce processus, selon le président Bouteflika, est déjà entamé, et ce, à travers «des mesures arrêtées en février dernier au bénéfice de ce secteur, qu’il s’agisse de l’effacement de la dette des agriculteurs et éleveurs» pour plus de 40 milliards de dinars ou qu’il s’agisse de multiples encouragements à la production agricole et à l’élevage, d’un coût annuel de 200 milliards de dinars. Les bons résultats des moissons de cette année, selon le chef de l’Etat, «nous encouragent à poursuivre dans cette voie et à apporter tout le soutien public requis notamment aux productions stratégiques telles que les céréales, le lait, et les viandes», notant que «les conditions sont réunies pour engager un développement structurel à même d’asseoir les fondements d’une croissance agricole soutenue et un développement durable du monde rural». Profitant de l’occasion, le président de la République n’a pas manqué d’instruire le premier responsable du secteur de l’agriculture et du développement rural sur «la nécessaire et totale mobilisation des compétences des universités pour mettre leur savoir-faire au service du développement de l’agriculture». En effet, pour le Président, «le développement ne peut être durable que s’il touche toutes les zones sans exclusion», en insistant sur l’intérêt qu’il convient d’accorder à la formation et à l’implication des jeunes dans les économies du développement durable. «C’est en changeant l’image du monde rural, en développant les techniques et les technologies modernes et en assurant une formation continue que les jeunes s’impliqueront davantage dans le monde rural, participeront à son développement et l’apprécieront comme étant synonyme de progrès, d’avenir et de potentialités à découvrir et à valoriser», a-t-il fait savoir. Le chef de l’Etat a, par la même occasion, instruit le gouvernement à consolider un ensemble de mesures destinées à concourir au renouveau agricole, notamment, par la finalisation du dispositif juridique encadrant l’exploitation des terres du domaine privé de l’Etat, avec la loi sur la concession agricole. «Ce texte devra compléter la loi d’orientation agricole, stabiliser l’exploitation du foncier agricole propriété de l’Etat, et sécuriser l’agriculteur dans le cadre d’une concession claire», a-t-il indiqué. Le président de la République a également appelé au renforcement des espaces de concertation et de coordination avec les agriculteurs et les éleveurs, notamment dans le cadre des chambres régionales et nationale de l’agriculture et les autres partenaires sociaux. Pour clore son intervention, le chef de l’état a appelé à la dynamisation de la formation dans les filières agricoles, afin de mieux encadrer les travailleurs de la terre et les éleveurs, moderniser leurs techniques agraires et pastorales, économiser l’eau, et augmenter les rendements. Pour le président Bouteflika, «en offrant des opportunités de création de revenus et d’emplois, le programme de renouveau rural vient compléter les importants efforts investis par l’Etat dans les différents segments du développement humain à travers le monde rural, qu’il s’agisse de la santé, de l’éducation, du logement, ou de l’accès à l’énergie, autant d’efforts qui vont dans le sens d’une réduction sensible de l’exode rural vers les villes». Synthèse Raouf Az.


08-09-2009
Synthèse Raouf Az.

mardi 11 août 2009

Afrique : trop chers, les produits alimentaires restent dans les rayons



Les Africains des régions urbaines sont de plus en plus nombreux à rencontrer des difficultés grandissantes à se nourrir, a averti la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique (CEA). « Certains pays d’Afrique sont toujours aux prises avec la crise et les pénuries alimentaires », selon Adam Elhiraika, économiste au sein de la CEA. « On voit qu’il y a [une] crise lorsqu’on n’a pas assez de revenus pour acheter les vivres dont on a besoin ».

« On a moins de pouvoir d’achat. On a encore aussi des pénuries alimentaires car nombre de pays d’Afrique ne sont pas en mesure de répondre à la demande », a expliqué à IRIN M. Elhiraika, coordinateur de l’équipe qui a rédigé l’édition 2009 du rapport économique de la CEA sur l’Afrique, à Addis-Abeba.

Publie le 28 mai, ce rapport, préparé par la CEA de concert avec l’Union africaine, est une évaluation de la performance économique du continent en 2008. Il aborde également les perspectives pour 2009.

« Dans de nombreux pays, les populations urbaines voient des produits alimentaires dans les rayons des magasins, mais elles n’ont pas les moyens d’en acheter », pouvait-on lire dans le rapport. Citant l’exemple du Liberia et de la Guinée, les auteurs ont également expliqué que les gouvernements de ces pays luttaient pour importer assez de vivres pour nourrir leurs populations.

« A Djibouti, les éleveurs sont en train de découvrir que la vente de leur bétail, moyen de subsistance essentiel, ne leur permet d’acheter que peu de céréales sur le marché, tandis qu’au Mozambique et en Ouganda, les agriculteurs des régions rurales n’ont guère les moyens d’acheter les semences et les engrais dont ils ont besoin pour cultiver les vivres de leurs familles, et encore moins pour tirer parti du prix élevé des vivres en dégageant des profits », selon le rapport.

En Afrique, le prix des denrées alimentaires risque d’augmenter au cours des 10 prochaines années, bien qu’une baisse soit prévue en 2009 et 2010, à mesure que la hausse des prix provoquée par la récession mondiale influera sur l’offre et la demande.

« L’Afrique est une des régions les plus touchées par la hausse du prix des vivres », a noté la CEA. « Les prix des vivres ont culminé en juin 2008, avant de diminuer de plus de 50 pour cent, en moyenne, au cours de la deuxième moitié de l’année. A la fin de l’année 2008, ils se trouvaient au même niveau qu’en 2005, tout en restant bien plus élevés qu’en 2000 ».

D’après le rapport, la baisse des prix pratiqués sur le marché mondial s’est lentement répercutée sur les prix pratiqués à l’échelle nationale, dans bon nombre de pays en voie de développement.

« Il y a tout de même des pénuries alimentaires dans beaucoup de pays d’Afrique en raison de la sécheresse et des conflits », a indiqué M. Elhiraika.
Pour pouvoir éviter les conséquences de la crise, les populations d’un grand nombre de pays, notamment les pays d’Afrique de l’Est, ont besoin de recevoir une aide d’urgence.

« La crise alimentaire récente et la famine qui semble imminente menacent la stabilité politique et sociale, en particulier en Afrique de l’Est et de l’Ouest, et dans les pays en situation de conflit », ont averti les auteurs du rapport.

Selon l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), les prix des vivres demeurent élevés dans bon nombre de pays en voie de développement et l’accès des populations pauvres aux vivres reste menacé par la perte d’emploi et de revenus, ainsi que d’autres conséquences de la crise économique mondiale.

Toutefois, dans l’édition du 4 juin de Perspectives de l’alimentation, la FAO a noté que l’approvisionnement mondial en vivres paraissait moins vulnérable aux chocs que pendant la crise alimentaire de 2008.

« En dépit de la hausse considérable observée ces dernières semaines, les prix internationaux d’une majorité de produits agricoles ont baissé en 2009 par rapport aux sommets atteints en 2008, signe qu’un grand nombre de marchés sont en train de retrouver lentement leur équilibre », pouvait-on lire dans le bulletin.

L’amélioration a été observée, en grande partie, dans le domaine de la production céréalière (secteur critique pour la sécurité alimentaire), la production record de 2008 ayant dépassé les prévisions initiales. Cette récolte exceptionnelle a également facilité le réapprovisionnement des réserves mondiales, reconstituées au niveau où elles se trouvaient avant la crise.

IRIN, 22 juin 2009

mardi 24 février 2009

Crise alimentaire : des solutions existent, par Jacques Chirac

Afrique, Asie, Amérique latine, Caraïbes : la carte des "émeutes de la faim" s'étend chaque jour. Le monde est confronté au spectre des grandes famines alors même qu'il traverse une crise financière dangereuse. La cohésion, si délicate, de la communauté internationale est doublement menacée. Je le dis solennellement : cette conjonction des périls fait courir au monde un risque sans précédent.
Sans mesures d'urgence et de fond, nous assisterons à des émeutes de plus en plus violentes, à des mouvements migratoires de plus en plus incontrôlables, à des conflits de plus en plus meurtriers, à une instabilité politique croissante. Les ingrédients d'une crise majeure sont réunis et la situation peut se dégrader très vite.
Face à ce danger, la communauté internationale doit assumer ses responsabilités, toutes ses responsabilités, dans une totale coopération du Nord et du Sud.
Elle doit se mobiliser autour d'objectifs précis :
-- pour résoudre, d'abord, la question de l'urgence : le Conseil de sécurité de l'Organisation des nations unies, qui devrait se tenir au plus tôt sur la crise alimentaire mondiale, doit prendre toutes les mesures nécessaires pour éviter la déstabilisation des Etats les plus menacés.
L'Europe et les Etats-Unis ont enfin annoncé le déblocage d'une aide d'urgence au profit du Programme alimentaire mondial. Je ne doute pas que les autres grandes puissances, membres du G8, pays émergents et pays de l'OPEP qui tirent des rentes exceptionnelles de l'augmentation du prix du pétrole, auront à cœur de prendre toute leur part de cet effort immédiat de solidarité;
– pour résoudre, ensuite, les problèmes structurels : je plaide depuis longtemps pour aller plus loin que les seules mesures d'urgence conjoncturelles. C'est une véritable révolution des modes de pensée et d'action en matière de développement, notamment dans le domaine agricole, qui s'impose.
PARVENIR PARTOUT À L'AUTOSUFFISANCE ALIMENTAIRE
L'offre de produits alimentaires au niveau mondial est insuffisante.
Je n'ai jamais cessé de me battre contre le gel de la production en Europe et de promouvoir le développement agricole des pays pauvres.
Il nous faudra, demain, nourrir 9 milliards d'hommes. Tout le monde se rend compte, enfin, que l'humanité a besoin de la production de toutes ses terres agricoles. L'autosuffisance alimentaire est le premier des défis à relever pour les pays en développement. Des outils existent. Nous savons tous ce qu'il faut faire : infrastructures rurales, stockage, irrigation, transport, financement des récoltes, organisation des marchés, microcrédit, etc.
L'agriculture vivrière doit être réhabilitée. Elle doit être encouragée. Elle doit être protégée, n'ayons pas peur des mots, contre une concurrence débridée des produits d'importation qui déstabilisent l'économie de ces pays et découragent les producteurs locaux.
Pour relever ce défi, il est nécessaire d'investir à la fois dans la recherche – pour développer des productions et des variétés adaptées aux nouvelles donnes du changement climatique et de la raréfaction des ressources en eau –, et dans la formation et la diffusion des techniques agricoles.
Il faut miser sur les hommes, sur les producteurs locaux, qui doivent percevoir la juste rémunération de leurs efforts. Les échanges doivent obéir à des règles équitables, respectant à la fois le consommateur et le producteur. La libre circulation des produits ne peut pas se faire au détriment des producteurs les plus fragiles.
Apporter des financements innovants et stables au développement Les besoins d'investissement sont massifs et pour longtemps. Il est vital de maintenir l'effort d'aide publique au développement et de respecter l'objectif de 0,7 % du PIB.
Il est tout aussi vital de dégager des ressources additionnelles par des financements innovants. Que n'ai-je entendu quand j'ai milité, avec mon ami le Président Lula du Brésil, pour l'idée, pourtant évidente, que le financement du développement requiert des ressources pérennes !
La taxe sur les billets d'avion a permis en 2007 de dégager plusieurs centaines de millions d'euros en faveur de l'accès aux médicaments. C'est un succès. D'autres efforts d'imagination devraient permettre de dégager rapidement les ressources nécessaires pour faire face à la crise alimentaire.
Explorons par exemple, comme le suggère le président de la Banque mondiale, M. Robert Zoellick, dans le cadre de conversations avec les fonds souverains, comment orienter une partie de leurs moyens vers des investissements productifs en Afrique. Le prochain G8 pourrait utilement consacrer une séance de travail à l'examen de cette proposition.
La contribution des financements innovants au développement des pays les plus pauvres sera une des priorités de ma fondation. Ce n'est, certes, qu'un moyen mais ayons conscience que, face au caractère inédit de la crise que nous vivons, la communauté internationale n'a d'autres choix que celui de l'imagination et de la solidarité.

Jacques Chirac, Président de la Fondation Chirac

dimanche 15 février 2009

Comment abattre « le mur de la faim » dans le monde ?

La gravité de la crise alimentaire mondiale est sans précédent et réclame des mesures d'urgence. Près d'un milliard d'êtres humains sont aujourd'hui tenaillés par la famine. En invitant à Madrid à la fin janvier les dirigeants de la planète pour un sommet en partenariat avec l'ONU sur la sécurité alimentaire, l'Espagne a pris un rôle de leader dans le combat contre la faim dans le monde. Plusieurs gouvernements donateurs proposent de mettre en commun leurs contributions financières pour aider les agriculteurs les plus démunis à produire davantage et à sortir ainsi de la pauvreté.

Ces contributions peuvent produire des effets remarquables. En Afrique, en Haïti et dans d'autres régions pauvres, les cultivateurs doivent ensemencer sans l'aide actuellement ni d'engrais ni de semences à rendement élevé. Conséquence, un cultivateur en Afrique produit une tonne de céréales par hectare, contre plus de quatre en Chine.

Avec une aide financière internationale, les agriculteurs en Afrique pourraient enfin acquérir des engrais pour augmenter leur rendement et vendre avec des plus-values leur production. Ce qui leur permettrait d'épargner afin de devenir solvable ou d'acquérir par eux-mêmes après plusieurs années des produits fertilisants nécessaires.

Aujourd'hui, il existe dans le monde un très large consensus sur la nécessité et l'extrême urgence d'augmenter les financements pour les petites exploitations agricoles (deux hectares ou moins) et pour les éleveurs pauvres. En 2008, le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, avait estimé le besoin de financement à 8 milliards de dollars environ par an, soit près de quatre fois les montants actuels, pour financer particulièrement les semences enrichies, les engrais, les systèmes d'irrigation, et la formation agricole. En outre, les pays donateurs devraient accorder plus d'aides à la recherche et au développement.

Ce sont des centres de recherche comme l'International Rice Research Institute et l'International Maize and Wheat Improvement Centre qui ont contribué à lancer la « révolution verte » en Asie du Sud-Est.

Des dizaines de pays à faible revenu et souffrant d'un déficit alimentaire ont élaboré, pour augmenter la production alimentaire des petits exploitants, des programmes d'urgence qui sont actuellement bloqués par le manque de dons. En dépit d'un effort courageux de la Banque mondiale en 2008 à travers son Programme d'intervention en réponse à la crise alimentaire mondiale (GFRP), les financements pour subvenir aux besoins urgents de ces pays sont encore insuffisants.

A titre individuel, de nombreux pays donateurs ont déclaré qu'ils sont maintenant prêts à augmenter leur aide financière en direction des petites exploitations agricoles, mais qu'ils sont à la recherche de mécanismes adéquats pour passer à l'action. Les structures d'aide actuelles ne conviennent pas. La vingtaine, ou plus, d'agences bilatérales ou multilatérales en faveur de l'agriculture sont très fragmentées et de taille insuffisante, individuellement et collectivement.

Malgré les efforts généreux de nombreux professionnels, la réponse à la crise alimentaire demeure totalement inadéquate. Les pays africains sont sans cesse, et souvent en vain, à la recherche de petites sommes nécessaires à l'achat d'engrais et de semences enrichies.

Membres d'un comité consultatif pour l'initiative espagnole, mes collègues et moi-même avons préconisé la création d'un compte unique international. Ce mécanisme, le Financial Coordination Mechanism (FCM), permettrait aux pays donateurs de centraliser leurs fonds. Ces fonds réunis permettraient aux exploitants des pays pauvres de se procurer l'engrais, les variétés de semences enrichies et les systèmes d'irrigation à petite échelle qui leur font cruellement défaut.

Les pays pauvres auraient ainsi accès à un financement rapide et anticipé émanant de ce compte unique, plutôt que de dizaines de donateurs distincts et cloisonnés. En regroupant les ressources financières en un FCM unique, les coûts de gestion des programmes d'aide pourraient être réduits au minimum, la disponibilité des flux serait assurée, et les pays pauvres n'auraient pas à poser 25 demandes pour recevoir de l'aide.

Il faut rompre avec nos habitudes. Les donateurs ont promis que l'aide à l'Afrique serait multipliée par deux d'ici à 2010, mais on est loin du compte. Il nous faut faire une percée incontestable. A la fin du mois de janvier, lorsque pays riches et pays pauvres se pencheront ensemble sur les solutions face à la crise alimentaire, Madrid pourrait s'inscrire dans l'histoire. Les vies de plus d'un milliard d'affamés en dépendent.
Jeffrey D. Sachs est professeur d'économie et dirige l'Institut de la Terre à l'université de Columbia.